Andrei Kharkovsky mod RÄdet for Den EuropÊiske Union (T-479/25)
Andrei Kharkovsky mod RÄdet for Den EuropÊiske Union
Summary
Politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune â Mesures restrictives prises eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie â Gel des fonds â Liste des personnes physiques, des entitĂ©s et des organismes auxquels sâapplique le gel des fonds et des ressources Ă©conomiques â Inscription du nom du requĂ©rant sur la liste â Notion de âsoutien Ă des actions du gouvernement de la Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce paysâ â Erreur dâapprĂ©ciation
Par ces motifs,
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRĂT DU TRIBUNAL (huitiĂšme chambre)
21Â octobre 2026Â (*)
« Politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune â Mesures restrictives prises eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie â Gel des fonds â Liste des personnes physiques, des entitĂ©s et des organismes auxquels sâapplique le gel des fonds et des ressources Ă©conomiques â Inscription du nom du requĂ©rant sur la liste â Notion de âsoutien Ă des actions du gouvernement de la Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce paysâ â Erreur dâapprĂ©ciation »
Dans lâaffaire Tâ479/25,
Andrei Kharkovsky, demeurant à Troisdorf (Allemagne), représenté par Mes B. Malmendier et M. Spichal, avocats,
partie requérante,
contre
Conseil de lâUnion europĂ©enne, reprĂ©sentĂ© par Mmes A. Jaume et L. Berger, en qualitĂ© dâagentes,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (huitiĂšme chambre),
composé, lors des délibérations, de M. I. Gùlea, président, Mmes M. J. Costeira (rapporteure) et B. Ricziovå, juges,
greffiÚre : Mme S. Jund, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
Ă la suite de lâaudience du 7Â juillet 2026,
rend le présent
ArrĂȘt
1        Par son recours fondĂ© sur lâarticle 263 TFUE, le requĂ©rant, M. Andrei Kharkovsky, demande lâannulation du rĂšglement dâexĂ©cution (UE) 2025/965 du Conseil, du 20 mai 2025, mettant en Ćuvre le rĂšglement (UE) 2024/2642 concernant des mesures restrictives eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie (JO L, 2025/965, ci-aprĂšs le « rĂšglement dâexĂ©cution attaqué »), en tant quâil le concerne.
 AntĂ©cĂ©dents du litige et faits postĂ©rieurs Ă lâintroduction du recours
2        Le requérant est un citoyen russe demeurant en Allemagne.
3        La prĂ©sente affaire sâinscrit dans le contexte des mesures restrictives adoptĂ©es eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la FĂ©dĂ©ration de Russie.
4        Dans ses conclusions du 27 juin 2024, le Conseil europĂ©en a condamnĂ© tous les types dâactivitĂ©s hybrides, qui sont en hausse et qui ciblent lâUnion europĂ©enne, ses Ătats membres et ses partenaires, y compris lâintimidation, le sabotage, la subversion, les activitĂ©s de manipulation de lâinformation et dâingĂ©rence menĂ©es depuis lâĂ©tranger, la dĂ©sinformation, les actes de cybermalveillance et lâinstrumentalisation de migrants par des pays tiers, et a soulignĂ© que la FĂ©dĂ©ration de Russie avait intensifiĂ© sa campagne par de nouvelles opĂ©rations actives sur le sol europĂ©en.
5        Par la suite, le Conseil de lâUnion europĂ©enne a adoptĂ© un cadre de mesures restrictives contre des personnes, entitĂ©s ou organismes responsables de la mise en Ćuvre ou du soutien apportĂ© Ă des actions ou des politiques menĂ©es par le gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent ou menacent les valeurs fondamentales de lâUnion, et sa sĂ©curitĂ©, son indĂ©pendance et son intĂ©gritĂ©, ainsi que la stabilitĂ©, la sĂ©curitĂ© ou lâindĂ©pendance de ses Ătats membres, dâorganisations internationales ou de pays tiers, ou la souverainetĂ© des Ătats membres et de pays tiers.
6        En particulier, le Conseil a adoptĂ©, sur le fondement de lâarticle 29 TUE, la dĂ©cision (PESC) 2024/2643, du 8 octobre 2024, concernant des mesures restrictives eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie (JO L, 2024/2643, et rectificatif JO L, 2025/90142).
7        Le mĂȘme jour, le Conseil a adoptĂ©, sur le fondement de lâarticle 215 TFUE, le rĂšglement (UE) 2024/2642, concernant des mesures restrictives eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie (JO L, 2024/642).
8        Lâarticle 1er, paragraphe 1, sous a), i), de la dĂ©cision 2024/2643 est libellĂ© comme suit :
« 1. Les Ătats membres prennent les mesures nĂ©cessaires pour empĂȘcher lâentrĂ©e ou le passage en transit sur leur territoire des personnes physiques, dont la liste figure en annexe, qui :
a) sont responsables dâactions ou de politiques du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent ou menacent la dĂ©mocratie, lâĂ©tat de droit, la stabilitĂ© ou la sĂ©curitĂ© de lâUnion, ou dâun ou de plusieurs de ses Ătats membres, dâune organisation internationale ou dâun pays tiers, ou qui compromettent ou menacent la souverainetĂ© ou lâindĂ©pendance dâun ou de plusieurs de ses Ătats membres, ou dâun pays tiers, ou qui mettent en Ćuvre ou soutiennent de telles actions ou politiques ou en tirent avantage, par lâun des agissements suivants :
i) organiser ou diriger des actions faisant obstacle ou portant atteinte au processus politique dĂ©mocratique, y compris en faisant obstacle ou en portant atteinte Ă la tenue dâĂ©lections ou en tentant de dĂ©stabiliser ou de renverser lâordre constitutionnel, ou participer, directement ou indirectement, Ă de telles actions ou les faciliter de quelque autre maniĂšre ».
9        Lâarticle 2, paragraphe 1, sous a), i), et paragraphe 2, de la dĂ©cision 2024/2643 prĂ©voit ce qui suit :
« 1. Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant aux personnes physiques ou morales, entités ou organismes qui :
a) sont responsables dâactions ou de politiques du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent ou menacent la dĂ©mocratie, lâĂ©tat de droit, la stabilitĂ© ou la sĂ©curitĂ© de lâUnion, dâun ou de plusieurs de ses Ătats membres, dâune organisation internationale ou dâun pays tiers, ou qui compromettent ou menacent la souverainetĂ© ou lâindĂ©pendance dâun ou de plusieurs de ses Ătats membres, ou dâun pays tiers, ou qui mettent en Ćuvre ou soutiennent de telles actions ou politiques ou en tirent avantage, par lâun des agissements suivants :
i) organiser ou diriger des actions faisant obstacle ou portant atteinte au processus politique dĂ©mocratique, y compris en faisant obstacle ou en portant atteinte Ă la tenue dâĂ©lections ou en tentant de dĂ©stabiliser ou de renverser lâordre constitutionnel, ou participer, directement ou indirectement, Ă de telles actions ou les faciliter de quelque autre maniĂšre ;
[âŠ]
2. Aucun fonds ni aucune ressource Ă©conomique nâest, directement ou indirectement, mis Ă la disposition des personnes physiques ou morales, des entitĂ©s ou des organismes dont la liste figure en annexe, ou mis Ă leur profit. »
10      Lâarticle 2, paragraphes 1 et 2, et paragraphe 3, sous a), i), du rĂšglement 2024/2642, est rĂ©digĂ© comme suit :
« 1. Sont gelĂ©s tous les fonds et ressources Ă©conomiques qui appartiennent aux personnes physiques ou morales, aux entitĂ©s ou aux organismes inscrits sur la liste figurant Ă lâannexe I, de mĂȘme que tous les fonds et ressources Ă©conomiques que ces personnes, entitĂ©s ou organismes ont en leur possession, dĂ©tiennent ou contrĂŽlent.
2. Aucun fonds ni aucune ressource Ă©conomique ne sont mis, directement ou indirectement, Ă la disposition des personnes physiques ou morales, des entitĂ©s ou des organismes inscrits sur la liste figurant Ă lâannexe I, ni ne sont dĂ©bloquĂ©s Ă leur profit.
3. Lâannexe I inclut les personnes physiques ou morales, les entitĂ©s ou les organismes qui :
a) sont responsables dâactions ou de politiques du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent ou menacent la dĂ©mocratie, lâĂ©tat de droit, la stabilitĂ© ou la sĂ©curitĂ© de lâUnion, dâun ou de plusieurs de ses Ătats membres, dâune organisation internationale, ou dâun pays tiers, ou qui compromettent ou menacent la souverainetĂ© ou lâindĂ©pendance dâun ou de plusieurs de ses Ătats membres, ou dâun pays tiers, ou qui mettent en Ćuvre ou soutiennent de telles actions ou politiques ou en tirent avantage, par lâun des agissements suivants :
i) organiser ou diriger des actions faisant obstacle ou portant atteinte au processus politique dĂ©mocratique, notamment en faisant obstacle ou en portant atteinte Ă la tenue dâĂ©lections ou en tentant de dĂ©stabiliser ou de renverser lâordre constitutionnel, ou participer, directement ou indirectement, Ă de telles actions ou les faciliter de quelque autre maniĂšre. »
11      Le 20 mai 2025, le Conseil a adoptĂ©, dâune part, la dĂ©cision (PESC) 2025/966, modifiant la dĂ©cision 2024/2643 (JO L, 2025/966), par laquelle le nom du requĂ©rant a Ă©tĂ© inscrit sur la liste figurant Ă lâannexe de la dĂ©cision 2024/2643 et, dâautre part, le rĂšglement dâexĂ©cution attaquĂ©, par lequel le nom du requĂ©rant a Ă©tĂ© inscrit sur la liste figurant Ă lâannexe I du rĂšglement 2024/2642 pour les motifs suivants :
« [Le requĂ©rant] est un citoyen russe qui vit en Allemagne. En Allemagne, [le requĂ©rant] joue le rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres. LâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger est une entitĂ© associĂ©e au gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie et participant Ă la guerre dâagression et aux actes de violence de la Russie en Ukraine, afin de soutenir les sĂ©paratistes pro-russes sous couvert dâune âmission historiqueâ visant Ă rĂ©tablir le contrĂŽle russe sur le sud et lâest de lâUkraine. En tant que membre de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, [le requĂ©rant] a pris part Ă des actes de violence.
Par consĂ©quent, [le requĂ©rant] soutient des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce pays. »
 Conclusions des parties
12      Le requĂ©rant conclut Ă ce quâil plaise au Tribunal :
â        annuler le rĂšglement dâexĂ©cution attaquĂ© en tant quâil le concerne ;
â        condamner le Conseil aux dĂ©pens.
13      Le Conseil conclut Ă ce quâil plaise au Tribunal :
â        rejeter le recours ;
â        condamner le requĂ©rant aux dĂ©pens.
 En droit
 Sur lâobjet du recours
14      Il convient dâobserver que le requĂ©rant demande lâannulation du rĂšglement dâexĂ©cution attaquĂ© en tant quâil le concerne, sans pour autant demander lâannulation de la dĂ©cision 2025/966, ce quâil a dâailleurs confirmĂ© Ă lâaudience en rĂ©ponse Ă une question adressĂ©e par le Tribunal.
15      à cet Ă©gard, il y a lieu de prĂ©ciser quâune partie requĂ©rante peut dĂ©cider dâintroduire un recours tendant uniquement Ă lâannulation dâun rĂšglement dâexĂ©cution inscrivant son nom sur la liste des personnes faisant lâobjet de mesures restrictives, Ă lâexclusion de la dĂ©cision correspondante (voir arrĂȘt du 11 dĂ©cembre 2024, Al-Assad/Conseil, Tâ420/23, non publiĂ©, EU:T:2024:896, point 23 et jurisprudence citĂ©e).
16      Ainsi, la circonstance que lâobjet du recours soit limitĂ© Ă une demande dâannulation du rĂšglement dâexĂ©cution attaquĂ© ne fait pas obstacle Ă son examen, sans prĂ©judice des consĂ©quences quâune Ă©ventuelle annulation de ce rĂšglement pourrait avoir sur la dĂ©cision 2025/966 (voir arrĂȘt du 11 dĂ©cembre 2024, Al-Assad/Conseil, Tâ420/23, non publiĂ©, EU:T:2024:896, point 25 et jurisprudence citĂ©e).
17      Câest au regard de ces constatations quâil convient de procĂ©der Ă lâexamen du bien-fondĂ© du recours.
 Sur le fond
18      à lâappui du recours, le requĂ©rant soulĂšve deux moyens, tirĂ©s, le premier, dâune erreur manifeste dâapprĂ©ciation et, le second, dâune violation du principe de proportionnalitĂ©.
19      Sâagissant du premier moyen, quâil convient dâexaminer dans un premier temps, il importe de relever quâil doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme Ă©tant tirĂ© dâune erreur dâapprĂ©ciation, et non dâune erreur manifeste dâapprĂ©ciation. En effet, sâil est certes vrai que le Conseil dispose dâun certain pouvoir dâapprĂ©ciation pour dĂ©terminer, au cas par cas, si les critĂšres juridiques sur lesquels se fondent les mesures restrictives en cause sont remplis, il nâen reste pas moins que les juridictions de lâUnion doivent assurer un contrĂŽle, en principe complet, de la lĂ©galitĂ© de lâensemble des actes de lâUnion au regard des droits fondamentaux faisant partie intĂ©grante de lâordre juridique de lâUnion (voir, en ce sens, arrĂȘt du 28 novembre 2013, Conseil/Fulmen et Mahmoudian, Câ280/12 P, EU:C:2013:775, point 58).
20      Dans le cadre de ce premier moyen, le requĂ©rant, reproche, en substance, au Conseil, dâavoir commis une erreur dâapprĂ©ciation en lâinscrivant, par le rĂšglement dâexĂ©cution attaquĂ©, sur la liste figurant Ă lâannexe I du rĂšglement 2024/2642 (ci-aprĂšs la « liste litigieuse »).
21      Le Conseil conteste les arguments du requĂ©rant. Il soutient, en substance, que les informations figurant dans le dossier WK 6040/2025 INIT (ci-aprĂšs le « dossier de preuves »), quâil a fourni en annexe Ă son mĂ©moire en dĂ©fense, Ă©tayent Ă suffisance son inscription sur la liste litigieuse.
22      Les arguments des parties appellent quelques considérations liminaires.
 Considérations liminaires
23      Selon la jurisprudence, lâeffectivitĂ© du contrĂŽle juridictionnel garanti par lâarticle 47 de la charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne exige notamment que le juge de lâUnion sâassure que la dĂ©cision par laquelle des mesures restrictives ont Ă©tĂ© adoptĂ©es ou maintenues, qui revĂȘt une portĂ©e individuelle pour la personne ou lâentitĂ© concernĂ©e, repose sur une base factuelle suffisamment solide. Cela implique une vĂ©rification des faits allĂ©guĂ©s dans lâexposĂ© des motifs qui sous-tend ladite dĂ©cision, de sorte que le contrĂŽle juridictionnel ne soit pas limitĂ© Ă lâapprĂ©ciation de la vraisemblance abstraite des motifs invoquĂ©s, mais porte sur la question de savoir si ces motifs, ou, Ă tout le moins, lâun dâeux considĂ©rĂ© comme suffisant en soi pour soutenir cette mĂȘme dĂ©cision, sont Ă©tayĂ©s (arrĂȘts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, Câ584/10 P, Câ593/10 P et Câ595/10 P, EU:C:2013:518, point 119, et du 5 novembre 2014, Mayaleh/Conseil, Tâ307/12 et Tâ408/13, EU:T:2014:926, point 128).
24      Une telle apprĂ©ciation doit ĂȘtre effectuĂ©e en examinant les Ă©lĂ©ments de preuve et dâinformation non de maniĂšre isolĂ©e, mais dans le contexte dans lequel ils sâinsĂšrent. En effet, le Conseil satisfait Ă la charge de la preuve qui lui incombe sâil fait Ă©tat devant le juge de lâUnion dâun faisceau dâindices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant dâĂ©tablir lâexistence dâun lien suffisant entre la personne sujette Ă une mesure de gel de ses fonds et le rĂ©gime ou, en gĂ©nĂ©ral, les situations combattues (voir arrĂȘt du 20 juillet 2017, Badica et Kardiam/Conseil, Tâ619/15, EU:T:2017:532, point 99 et jurisprudence citĂ©e).
25      Câest Ă lâautoritĂ© compĂ©tente de lâUnion quâil appartient, en cas de contestation, dâĂ©tablir le bien-fondĂ© des motifs retenus contre la personne concernĂ©e, et non Ă cette derniĂšre dâapporter la preuve nĂ©gative de lâabsence de bien-fondĂ© desdits motifs. Il importe que les informations ou les Ă©lĂ©ments produits Ă©tayent les motifs retenus contre la personne concernĂ©e (voir, en ce sens, arrĂȘts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, Câ584/10 P, Câ593/10 P et Câ595/10 P, EU:C:2013:518, points 121 et 122, et du 3 juillet 2014, National Iranian Tanker Company/Conseil, Tâ565/12, EU:T:2014:608, point 57).
26      Si lâautoritĂ© compĂ©tente de lâUnion fournit des informations ou des Ă©lĂ©ments de preuve pertinents, le juge de lâUnion doit vĂ©rifier lâexactitude matĂ©rielle des faits allĂ©guĂ©s au regard de ces informations ou Ă©lĂ©ments et apprĂ©cier la force probante de ces derniers en fonction des circonstances de lâespĂšce et Ă la lumiĂšre des Ă©ventuelles observations prĂ©sentĂ©es notamment par la personne ou lâentitĂ© concernĂ©e Ă leur sujet (arrĂȘt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, Câ584/10 P, Câ593/10 P et Câ595/10 P, EU:C:2013:518, point 124).
27      Câest Ă la lumiĂšre de ces considĂ©rations liminaires quâil convient de vĂ©rifier si le Conseil a commis une erreur dâapprĂ©ciation en dĂ©cidant dâinscrire le nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse.
 Sur le bien-fondĂ© de lâinscription du nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse
28      Le dossier de preuves, sur la base duquel le Conseil a fondĂ© lâinscription du nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse, comprend les Ă©lĂ©ments de preuve suivants :
â        une enquĂȘte dâinvestigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters  le 3 janvier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « In Germany some are clamouring for a change in course on Ukraine. Key figures in the campaign have links to the Russian state or far right » (En Allemagne, certains rĂ©clament un changement de cap concernant lâUkraine. Des figures clĂ©s de cette campagne ont des liens avec lâĂtat russe ou lâextrĂȘme droite), qui indique que le requĂ©rant prĂȘte allĂ©geance Ă une sociĂ©tĂ© cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa campagne militaire en Ukraine, quâil a participĂ© Ă de multiples rassemblements cosaques en Allemagne, quâil a assurĂ© la sĂ©curitĂ© dâune manifestation qui a eu lieu Ă Cologne (Allemagne) en 2022 ayant pour objet dâexhorter le gouvernement allemand de rompre avec lâalliance occidentale soutenant lâUkraine et de faire la paix avec la FĂ©dĂ©ration de Russie, quâil partage des photographies sur les rĂ©seaux sociaux montrant quâil participe Ă des rassemblements cosaques, souvent en portant une tenue militaire cosaque, aux cĂŽtĂ©s des reprĂ©sentants de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger et que, lors du rassemblement annuel de Hanovre (Allemagne) de 2022, il a postĂ© une photographie devant le drapeau de lâarmĂ©e du Don et quâil a un tatouage symbole de lâextrĂȘme droite russe (piĂšce no 1 du dossier de preuves) ;
â        un article de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online le 11 janvier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Recherche enthĂŒllt Machenschaften der Putin-JĂŒnger in Deutschland » (Une enquĂȘte rĂ©vĂšle les manigances des partisans de Poutine en Allemagne), qui renvoie aux informations contenues dans lâenquĂȘte dâinvestigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters  figurant dans la piĂšce no 1 du dossier de preuves, selon lequel le requĂ©rant prĂȘte allĂ©geance Ă une sociĂ©tĂ© cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa campagne militaire en Ukraine, partage des photographies sur les rĂ©seaux sociaux faisant Ă©tat de sa participation Ă des rassemblements des cosaques, porte souvent un uniforme militaire cosaque et a un tatouage symbole de lâextrĂȘme droite russe (piĂšce no 2 du dossier de preuves) ;
â        un article publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post le 5 janvier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Germany Targeted by Putin in War on Ukraine » (LâAllemagne prise pour cible par Poutine dans la guerre en Ukraine), qui mentionne le requĂ©rant parmi les personnes qui organisent diffĂ©rentes activitĂ©s publiques, dont la manifestation a eu lieu Ă Cologne en 2022, qui ont Ă©tĂ© impliquĂ©es dans des cyberâactivitĂ©s et qui travaillent sur les rĂ©seaux sociaux afin de convaincre les Allemands que lâagression russe contre lâUkraine est justifiĂ©e et que lâAllemagne doit coopĂ©rer avec la FĂ©dĂ©ration de Russie et acheter son gaz. Selon cet article, ces personnes font partie dâun investissement du pouvoir russe Ă long terme dans le dĂ©chirement de la dĂ©mocratie allemande, lâimplication de Berlin (Allemagne) dans ses plans politiques et la destruction de lâunitĂ© de lâUnion (piĂšce no 3 du dossier de preuves) ;
â        un article de presse publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso le 3 fĂ©vrier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Russian agents in Germany raise money for war against Ukraine, recruit to Wagner PMC, and promote pro-Kremlin stance » (Des agents russes en Allemagne collectent de lâargent pour la guerre contre lâUkraine, recrutent pour la sociĂ©tĂ© militaire privĂ©e Wagner et promeuvent une position pro-Kremlin), qui mentionne le requĂ©rant comme prĂȘtant allĂ©geance au groupe paramilitaire cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa guerre en Ukraine et conclut que les personnes comme le requĂ©rant menacent la sĂ©curitĂ© europĂ©enne (piĂšce no 4 du dossier de preuves) ;
â        un article de presse publiĂ© sur le site Internet de Jamestown le 28 novembre 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Cossack Warriors From Russia and Abroad Meet in Moscow » (Des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger se rĂ©unissent Ă Moscou), dont il ressort que lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger est devenue une armĂ©e et envoie des volontaires pour lutter aux cĂŽtĂ©s de lâarmĂ©e russe en Ukraine, que la principale organisation cosaque est lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, que, en novembre 2023, des reprĂ©sentants de Kremlin ont participĂ© Ă une rĂ©union dâampleur de cette derniĂšre, que les cosaques sont les guerriers des forces russes les plus dĂ©vouĂ©s, que les lutteurs cosaques ont reçu plusieurs ordres militaires pour leurs services en Ukraine, dont celui de « HĂ©ros de la Russie », que la FĂ©dĂ©ration de Russie pourra sâappuyer, dans lâavenir, sur les organisations cosaques pour semer la discorde et lâinstabilitĂ© dans toute lâEurope et que les cosaques jouent un rĂŽle clĂ© dans la menace hybride contre lâUkraine et lâOccident dans son ensemble (piĂšce no 5 du dossier de preuves) ;
â        un rapport sur les activitĂ©s de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger publiĂ© sur le site Internet de GlobalSecurity, consultĂ© le 24 septembre 2024, dont il ressort que cette union est une organisation publique panrusse enregistrĂ©e auprĂšs du ministĂšre de la Justice de la FĂ©dĂ©ration de Russie dont lâobjet est notamment de participer Ă des activitĂ©s afin de renforcer lâĂtat russe ainsi que sa stabilitĂ© socio-politique, de sâoccuper des familles des membres cosaques appelĂ©s au service militaire et de fournir assistance Ă celles dont les membres sont dĂ©cĂ©dĂ©s ou encore dâinteragir avec des sociĂ©tĂ©s cosaques militaires (piĂšce no 6 du dossier de preuves) ;
â        un extrait du site Internet officiel du Kremlin du 8 dĂ©cembre 2020, consultĂ© le 24 septembre 2024, qui atteste de lâexistence du Conseil des affaires cosaques , dont la rĂ©union annuelle de 2020 a Ă©tĂ© prĂ©sidĂ©e par un conseiller prĂ©sidentiel, et qui prĂ©cise que, en dĂ©cembre 2020, le dirigeant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger a prĂ©sentĂ© un rapport de synthĂšse sur les rĂ©sultats de lâactivitĂ© de lâunion (piĂšce no 7 du dossier de preuves) ;
â        un schĂ©ma publiĂ© sur le site Internet « www.rferl.org », consultĂ© le 24 septembre 2024,  qui identifie lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger comme une organisation participant Ă la guerre dâagression de la FĂ©dĂ©ration de Russie contre lâUkraine (piĂšce no 9 du dossier de preuves) ;
â        un rapport publiĂ© sur le site Internet de GlobalSecurity, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Cossacks - 2022 Special Military Operation » (Les Cosaques â OpĂ©ration militaire spĂ©ciale 2022), selon lequel les cosaques participent directement et indirectement Ă la guerre en Ukraine et, en janvier 2023, on comptait 16 000 cosaques prĂ©sents sur le front (piĂšce no 10 du dossier de preuves) ;
â        un article de presse publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine le 3 janvier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Pro-Putin operatives in Germany work to turn Berlin against Ukraine » (Des agents pro-Poutine en Allemagne Ćuvrent pour monter Berlin contre lâUkraine), qui renvoie aux informations contenues dans lâenquĂȘte dâinvestigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters  figurant dans la piĂšce no 1, dont il ressort que le requĂ©rant prĂȘte allĂ©geance Ă une sociĂ©tĂ© cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa campagne militaire en Ukraine (piĂšce no 11 du dossier de preuves).
29      ConformĂ©ment Ă la jurisprudence citĂ©e aux points 25 et 26 ci-dessus, il convient de vĂ©rifier, Ă la lumiĂšre des arguments du requĂ©rant, si les Ă©lĂ©ments de preuve mentionnĂ©s au point 28 ci-dessus Ă©tayent les motifs dâinscription du requĂ©rant sur la liste litigieuse.
30      Le requĂ©rant fait valoir, en substance, que les Ă©lĂ©ments de preuve produits par le Conseil sont insuffisamment fiables et quâils nâĂ©tayent pas les motifs dâinscription. Il indique quâil nâagit pas en tant que reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, quâil nâa pas participĂ© Ă des actes de violence et quâil ne soutient pas des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine, en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce pays.
31      Le Conseil conteste les arguments du requĂ©rant. Il soutient quâil a prĂ©sentĂ© un faisceau dâindices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant dâĂ©tablir que ce dernier entretenait des liens Ă©troits avec lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, qui est une association Ă©troitement liĂ©e aux services de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui soutient la guerre en Ukraine.
32      Ainsi quâil ressort du point 11 ci-dessus, le requĂ©rant a Ă©tĂ© inscrit sur la liste litigieuse au motif quâil jouait un rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, une entitĂ© associĂ©e au gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie participant Ă la guerre en Ukraine, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres, que, en tant que membre de cette union, il a pris part Ă des actes de violence et que, par consĂ©quent, il soutenait des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce pays.
33      Il convient donc dâexaminer si, conformĂ©ment Ă la jurisprudence citĂ©e au point 24 ci-dessus, le Conseil a satisfait Ă la charge de la preuve qui lui incombait en faisant Ă©tat dâun faisceau dâindices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant dâĂ©tablir le bien-fondĂ© des motifs susmentionnĂ©s.
34      à titre liminaire, il convient de constater que, ainsi que le soutient le requĂ©rant sans ĂȘtre contredit par le Conseil sur ce point, il ne ressort pas du dossier de preuves que le requĂ©rant est un « membre » de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, en ce sens quâil est formellement affiliĂ© Ă cette union.
35      Toutefois, il convient de relever quâil ressort du libellĂ© de lâexposĂ© des motifs, tel que repris au point 11 ci-dessus,que les faits allĂ©guĂ©s relatifs Ă cette qualitĂ© de « membre » du requĂ©rant sâinscrivent dans la continuitĂ© de lâaffirmation selon laquelle il « joue le rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres ».
36      DĂšs lors, il convient dâinterprĂ©ter le terme « membre » , employĂ© dans la derniĂšre phrase du premier alinĂ©a de lâexposĂ© des motifs, dans le sens de personne qui appartient Ă un groupe, sans y ĂȘtre formellement affiliĂ©.
37      Câest en tenant compte de cette remarque quâil convient dâexaminer le bien-fondĂ© de lâinscription du nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse.
38      à cet Ă©gard, il convient de constater, Ă lâinstar du Conseil, sans que le requĂ©rant ne le conteste, que le dossier de preuves et, en particulier, lâarticle de presse publiĂ© sur le site Internet de Jamestown, les rapports publiĂ©s sur le site Internet de GlobalSecurity, lâextrait du site Internet officiel du Kremlin, ou encore le schĂ©ma publiĂ© sur le site Internet « www.rferl.org », Ă©tayent Ă suffisance lâassociation de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger au gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie et sa participation Ă la guerre en Ukraine.
39      Il convient donc dâexaminer si les motifs retenus par le Conseil et visant les liens entre le requĂ©rant et lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger sont suffisamment Ă©tayĂ©s pour justifier lâinscription de son nom sur la liste litigieuse.
â       Sur le motif selon lequel le requĂ©rant joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres
40      En premier lieu, il convient dâobserver que, dâune part, contrairement Ă dâautres personnes mentionnĂ©es dans le dossier de preuves, qui sont spĂ©cifiquement indiquĂ©es comme ayant le rĂŽle de « reprĂ©sentants » de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger ou encore dâ« ataman en chef » ou dâ« ataman suprĂȘme » de cette union, aucun Ă©lĂ©ment figurant dans ce dossier nâattribue explicitement au requĂ©rant un quelconque rĂŽle au sein de celle-ci.
41      Dâautre part, il convient de relever que le rĂŽle du requĂ©rant en tant que reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne ne ressort pas non plus implicitement du dossier de preuves.
42      PremiĂšrement, certes, ainsi que le soutient le Conseil, il ressort de lâenquĂȘte dâinvestigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters, dont les informations sont relayĂ©es par lâarticle de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online et par celui publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine, ainsi que de lâarticle de presse publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso, que le requĂ©rant « prĂȘte allĂ©geance » Ă une sociĂ©tĂ© cosaque ou au groupe paramilitaire cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa guerre contre lâUkraine.
43      Cependant, aucune information figurant dans ces Ă©lĂ©ments de preuve ne permet de considĂ©rer que la sociĂ©tĂ© cosaque ou le groupe paramilitaire cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa campagne militaire en Ukraine sont lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger. LâenquĂȘte dâinvestigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters fait dâailleurs rĂ©fĂ©rence Ă des « organisations cosaques » russes , qui sont fidĂšles au prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration de Russie, M. Vladimir Poutine, et qui « combattent aux cĂŽtĂ©s des forces russes en Ukraine », et mentionne notamment une autre organisation cosaque qui serait impliquĂ©e dans le recrutement des soldats et lutterait dans la campagne russe en Ukraine.
44      En outre, aucun autre Ă©lĂ©ment de preuve figurant dans le dossier de preuves ne permet de relever que lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger est la seule entitĂ© cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans la guerre en Ukraine. Certes, le schĂ©ma publiĂ© sur le site Internet « www.rferl.org » mentionne uniquement lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger parmi les entitĂ©s participant Ă la guerre en Ukraine en coordination avec les forces sĂ©paratistes pro-russes. Toutefois, outre le fait que cette circonstance ne conduit pas automatiquement Ă considĂ©rer quâil sâagit de la seule entitĂ© cosaque prenant part Ă la guerre en Ukraine, lâarticle de presse publiĂ© sur le site Internet de Jamestown fait rĂ©fĂ©rence Ă des « groupes cosaques » qui ont « comblĂ© le vide laissĂ© par le dĂ©part [dâune sociĂ©tĂ© militaire privĂ©e] » du champ de bataille ukrainien.
45      Il sâensuit que lâinformation selon laquelle le requĂ©rant « prĂȘte allĂ©geance » Ă une sociĂ©tĂ© cosaque ou au groupe paramilitaire cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa guerre contre lâUkraine nâest pas de nature Ă Ă©tablir que celui-ci joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne.
46      Cette conclusion est corroborĂ©e par lâargument du requĂ©rant, dâailleurs non contestĂ© par le Conseil, selon lequel, au moment de la publication de lâenquĂȘte dâinvestigation sur le site Internet de Reuters, dont les informations ont Ă©tĂ© relayĂ©es par lâarticle de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online et par celui publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine, ainsi que de lâarticle de presse publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso, Ă savoir respectivement le 3 janvier 2023et le 3 fĂ©vrier 2023, le requĂ©rant Ă©tait membre dâune autre union cosaque, Ă savoir de lâUnion des cosaques.
47      DeuxiĂšmement, ainsi le fait valoir le Conseil, il convient dâobserver que lâenquĂȘte dâinvestigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters, dont les informations sont relayĂ©es par lâarticle de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online et par celui publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine, lâarticle publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post et celui publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso indiquent, dâune part, que le requĂ©rant a organisĂ© une manifestation qui a eu lieu Ă Cologne en 2022 ayant pour objet dâexhorter le gouvernement allemand Ă rompre avec lâalliance occidentale soutenant lâUkraine ainsi que de faire la paix avec la FĂ©dĂ©ration Russie et, dâautre part, quâil a assurĂ© la sĂ©curitĂ© de ladite manifestation.
48      NĂ©anmoins, il convient de relever quâil nây a pas dâindices dans le dossier de preuves permettant de considĂ©rer que la manifestation qui a eu lieu Ă Cologne en 2022 aurait Ă©tĂ© organisĂ©e par lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger. En effet, alors que lâarticle publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post et celui publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso ne fournissent aucun dĂ©tail Ă cet Ă©gard, selon les informations de lâenquĂȘte dâinvestigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters, reprises par lâarticle de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online et par celui publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine, la reprĂ©sentante officielle (en anglais « the public face ») de cette manifestation Ă©tait une autre personne, qui, ainsi que cela ressort des Ă©critures du Conseil, a fait lâobjet des mĂȘmes mesures restrictives que le requĂ©rant au motif notamment quâelle entretenait des liens Ă©troits avec une autre entitĂ© russe.
49      Ainsi, la circonstance que le requĂ©rant a organisĂ© la manifestation qui a eu lieu Ă Cologne en 2022 et a assurĂ© sa sĂ©curitĂ© nâest pas de nature Ă Ă©tablir quâil a agi au nom de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger et que, ce faisant, il a jouĂ© un rĂŽle de reprĂ©sentant de cette union en Allemagne.
50      TroisiĂšmement, comme le relĂšve le Conseil, lâarticle publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post mentionne le requĂ©rant parmi les personnes qui organisent diffĂ©rentes activitĂ©s publiques en Allemagne, telles que la manifestation qui a eu lieu Ă Cologne en 2022, et indique que certaines de ces personnes dirigent des associations cosaques.
51      Or, force est de constater que, contrairement Ă ce que fait valoir le Conseil, Ă lâexception de lâinformation relative Ă lâorganisation de la manifestation qui a eu lieu Ă Cologne en 2022, laquelle a dĂ©jĂ fait lâobjet dâune analyse aux points 47 Ă 49 ci-dessus, lâarticle publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post se limite Ă indiquer, de maniĂšre vague, que « des personnes comme [le requĂ©rant] » sont impliquĂ©es dans de telles activitĂ©s, sans faire une quelconque rĂ©fĂ©rence Ă lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger et sans prĂ©ciser si le requĂ©rant Ă©tait expressĂ©ment impliquĂ© dans une quelconque activitĂ©.
52      Il sâensuit quâil ne ressort ni explicitement ni implicitement du dossier de preuves que le requĂ©rant joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne.
53      Pour autant que le Conseil soutient quâil existe des liens Ă©troits entre lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger et lâUnion des cosaques, dont, ainsi quâil ressort du point 46 ci-dessus, le requĂ©rant a Ă©tĂ© affiliĂ©, Ă supposer mĂȘme quâune telle circonstance soit Ă©tablie, elle ne permet pas, Ă elle seule, de considĂ©rer que, malgrĂ© lâaffiliation du requĂ©rant Ă lâUnion des cosaques, il joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne.
54      Or, ainsi quâil ressort de la jurisprudence citĂ©e au point 25ci-dessus, câest au Conseil quâil appartient, en cas de contestation, dâĂ©tablir le bien-fondĂ© des motifs retenus contre la personne concernĂ©e, et non Ă cette derniĂšre dâapporter la preuve nĂ©gative de lâabsence de bien-fondĂ© desdits motifs.
55      En tout Ă©tat de cause, il suffit de constater quâil ressort des annexes A3 et A4 de la requĂȘte, qui correspondent Ă une demande de rĂ©siliation de lâaffiliation du requĂ©rant Ă lâUnion des cosaques du 26 novembre 2023 et Ă une rĂ©ponse du 27 novembre 2023 du comitĂ© de direction de cette union confirmant sa rĂ©siliation, que le requĂ©rant a rĂ©siliĂ© son affiliation Ă cette u nion et que cette rĂ©siliation a pris effet le 31 dĂ©cembre 2023, de sorte que, au moment de lâadoption du rĂšglement dâexĂ©cution attaquĂ©, Ă savoir le 20 mai 2025, il nâĂ©tait plus affiliĂ© Ă cette derniĂšre.
56      Contrairement Ă ce que soutient le Conseil, les annexes A3 et A4 de la requĂȘte constituent un commencement de preuve de nature Ă dĂ©montrer la rĂ©alitĂ© du changement dans la situation personnelle du requĂ©rant. En effet, le requĂ©rant est le mieux placĂ© pour dĂ©terminer quelles preuves positives seraient susceptibles de dĂ©montrer la rĂ©alitĂ© du changement dans sa situation personnelle (voir, en ce sens et par analogie, arrĂȘt du 29 octobre 2025, CorĆicova/Conseil, Tâ345/24, non publiĂ©, sous pourvoi, EU:T:2025:995, point 143). Or, un « simple Ă©change de lettres » entre le requĂ©rant et le comitĂ© de direction de lâUnion des cosaques suffit pour dĂ©montrer que celui-ci a rĂ©siliĂ© son affiliation Ă cette union, et ce, indĂ©pendamment du fait quâun tel Ă©change a eu lieu par voie Ă©lectronique ou sur papier.
57      En outre, contrairement Ă ce que fait valoir le Conseil, ces Ă©lĂ©ments de preuve ne sauraient ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme dĂ©pourvus de valeur probante.
58      à cet Ă©gard, il y a lieu de rappeler que, conformĂ©ment Ă une jurisprudence constante, lâactivitĂ© du juge de lâUnion est rĂ©gie par le principe de libre apprĂ©ciation des preuves et le seul critĂšre pour apprĂ©cier la valeur des preuves produites rĂ©side dans leur crĂ©dibilitĂ©. Pour apprĂ©cier la valeur probante dâun document, il faut vĂ©rifier la vraisemblance de lâinformation qui y est contenue en tenant compte, notamment, de lâorigine du document, des circonstances de son Ă©laboration ainsi que de son destinataire et se demander si, dâaprĂšs son contenu, il semble sensĂ© et fiable [voir arrĂȘts du 31 mai 2018, Kaddour/Conseil, Tâ461/16, EU:T:2018:316, point 107 et jurisprudence citĂ©e, et du 12 fĂ©vrier 2020, Amisi Kumba/Conseil, Tâ163/18, EU:T:2020:57, point 95 (non publiĂ©) et jurisprudence citĂ©e].
59      Or, en lâespĂšce, sâagissant de la demande de rĂ©siliation de lâaffiliation du requĂ©rant Ă lâUnion des cosaques figurant Ă lâannexe A3, il suffit de constater quâelle contient la signature du requĂ©rant, quâelle est adressĂ©e Ă lâUnion des cosaques, quâelle est datĂ©e du 26 novembre 2023, et est donc antĂ©rieure Ă lâinscription du requĂ©rant sur la liste litigieuse, et quâelle comporte une demande classique de rĂ©siliation dâune affiliation Ă une union, de sorte quâelle semble sensĂ©e et fiable au sens de la jurisprudence citĂ©e au point 58 ci-dessus.
60      Si le Conseil allĂšgue que la demande de rĂ©siliation a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e « in tempore suspecto », alors que les piĂšces nos 1 Ă 4 et 11 du dossier de preuves avaient Ă©tĂ© publiĂ©es, il suffit de relever que, ainsi quâil ressort du point 28 ciâdessus, ces Ă©lĂ©ments de preuve sont datĂ©s de janvier et de fĂ©vrier 2023, alors que ladite demande du requĂ©rant est datĂ©e du 26 novembre 2023, de sorte quâun dĂ©lai de plusieurs mois sâest Ă©coulĂ© entre la parution de ces Ă©lĂ©ments de preuve et la demande de rĂ©siliation de lâaffiliation du requĂ©rant Ă lâUnion des cosaques.  En outre, la seule circonstance que ces Ă©lĂ©ments de preuve aient Ă©tĂ© publiĂ©s nâest pas suffisante pour considĂ©rer que le requĂ©rant en avait connaissance.
61      Par ailleurs, en ce qui concerne la rĂ©ponse du comitĂ© de direction de lâUnion des cosaques confirmant la rĂ©siliation de lâaffiliation du requĂ©rant figurant Ă lâannexe A4, il y a lieu dâobserver quâelle a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e Ă la suite de la demande de ce dernier, quâelle confirme sa « dĂ©mission » en tant que « membre » et que, Ă cĂŽtĂ© de la mention « comitĂ© de direction », elle contient une signature manuscrite, de sorte quâelle ne saurait ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme dĂ©pourvue de crĂ©dibilitĂ© au sens de la jurisprudence citĂ©e au point 58 ci-dessus.
62      Aucun argument du Conseil ne saurait remettre en cause cette conclusion. Tout dâabord, si le Conseil soutient que la rĂ©ponse du comitĂ© de direction de lâUnion des cosaques mentionnĂ©e au point 61 ci-dessus nâa pas dâen-tĂȘte, il y a lieu de relever que, conformĂ©ment Ă la jurisprudence, lâabsence dâen-tĂȘte dâun document ne saurait, Ă elle seule, remettre en cause sa valeur probante [voir, en ce sens et par analogie, arrĂȘt du 19 novembre 2025, Amphora Wineries/EUIPO â Bernabei Liquori (CHAMPAGNE LOUIS LAMAR LAMAR REIMS â FRANCE), Tâ556/24, non publiĂ©, EU:T:2025:1047, point 77]. Ensuite, pour autant que le Conseil fait valoir que son signataire nâest pas identifiable, il convient dâobserver que la signature manuscrite figurant dans cet Ă©lĂ©ment de preuve constitue un indice de son authenticitĂ©. De plus, dans la mesure oĂč le Conseil allĂšgue que le contenu de cet Ă©lĂ©ment de preuve est ambigu en ce que le requĂ©rant a demandĂ© la rĂ©siliation de son affiliation, alors mĂȘme que ledit Ă©lĂ©ment confirme sa « dĂ©mission » en tant que « membre », il convient de considĂ©rer que, eu Ă©gard Ă la proximitĂ© sĂ©mantique des termes en cause, cette circonstance nâest pas suffisante pour considĂ©rer que lâinformation quâil contient est invraisemblable. Enfin, lâargument du Conseil tirĂ© de ce quâil est invraisemblable que lâUnion des cosaques ait pu rĂ©pondre Ă la demande du requĂ©rant le lendemain de son envoi en ce quâelle se situerait Ă plusieurs centaines de kilomĂštres de lâadresse du requĂ©rant doit Ă©galement ĂȘtre rejetĂ©, le requĂ©rant faisant valoir que lâĂ©change avec cette derniĂšre a eu lieu par le biais dâune application de communication. Or, sâagissant dâun commencement de preuve, le Conseil ne saurait exiger la preuve du moyen de communication.
63      DĂšs lors, lâargument du Conseil tirĂ© des liens Ă©troits entre lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger et lâUnion des cosaques doit, en tout Ă©tat de cause, ĂȘtre rejetĂ©.
64      En second lieu, il convient de constater que le dossier de preuves nâĂ©taye pas non plus le fait selon lequel le requĂ©rant a organisĂ© des rassemblements militaires pour les membres de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne.
65      Dâune part, les informations figurant dans lâenquĂȘte dâinvestigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters selon lesquelles le requĂ©rant a participĂ© Ă de multiples rassemblements cosaques en Allemagne et quâil poste des photographies sur les rĂ©seaux sociaux participant Ă ce type de rassemblements, souvent portant une tenue militaire cosaque, sont de nature Ă Ă©tablir que celui-ci participe Ă des rassemblements cosaques, mais ne sont pas susceptibles de dĂ©montrer quâil les organise et, comme lâa soulignĂ© le Conseil lors de lâaudience, quâil sâagit des rassemblements militaires.
66      Il en va de mĂȘme des extraits des rĂ©seaux sociaux que le Conseil a annexĂ©s Ă son mĂ©moire en dĂ©fense et Ă la duplique, censĂ©s corroborer le dossier de preuves, dans lesquels le requĂ©rant apparaĂźt en tenue militaire, arme Ă la main.
67      Dâautre part, c ontrairement Ă ce que soutient le Conseil, il ressort de lâenquĂȘte dâinvestigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters que le requĂ©rant a notamment participĂ© Ă un rassemblement cosaque organisĂ© Ă Hanovre en 2022, dont les photographies quâil a partagĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux le montrent devant le drapeau de la « grande armĂ©e du Don », prĂ©sentĂ©e dans la mĂȘme enquĂȘte comme « une organisation cosaque impliquĂ©e dans le recrutement de soldats et participant aux combats » en Ukraine, et Ă un rassemblement cosaque organisĂ© Ă Hanovre en 2021, aux cĂŽtĂ©s des reprĂ©sentants de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger. Toutefois, cette enquĂȘte ne prĂ©cise pas quâil sâagissait de rassemblements militaires organisĂ©s par le requĂ©rant.
68      DĂšs lors, il y a lieu de considĂ©rer que le Conseil nâa pas fait Ă©tat dâun faisceau dâindices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant dâĂ©tablir que le requĂ©rant jouait un rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres.
69      Par ailleurs, il y a lieu de relever que, ainsi que cela est prĂ©cisĂ© au point 31 ci-dessus, dans ses Ă©critures, le Conseil fait valoir avoir Ă©tabli que le requĂ©rant « entret[enait] des liens Ă©troits avec lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger ».
70      Or, le fait dâ« entretenir des liens Ă©troits », qui suppose dâavoir et de garder une relation de proximitĂ©, nâa pas la mĂȘme portĂ©e que le fait de « joue[r] un rĂŽle de reprĂ©sentant », expression employĂ©e par le Conseil, dans les motifs retenus contre le requĂ©rant et qui implique que la personne visĂ©e, par son comportement, agit au nom de lâentitĂ© en question.
â       Sur le motif selon lequel, en tant que membre de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, le requĂ©rant a pris part Ă des actes de violence
71      Ainsi que le fait valoir le requĂ©rant, aucun Ă©lĂ©ment du dossier de preuves nâĂ©taye le fait que, en tant que membre de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, celui-ci a pris part Ă des actes de violence.
72      Le Conseil ne le conteste dâailleurs pas dans ses Ă©critures.
73      Si, en rĂ©ponse Ă une question posĂ©e par le Tribunal lors de lâaudience, le Conseil a prĂ©cisĂ©, en substance, que ce motif visait plutĂŽt le soutien du requĂ©rant aux agissements se dĂ©roulant en Ukraine, il suffit de constater quâil ressort de son libellĂ© que ce que le Conseil reproche au requĂ©rant câest dâavoir « pris part Ă des actes de violence ».
74      DĂšs lors, il y a lieu de considĂ©rer que le Conseil nâa pas non plus fait Ă©tat dâun faisceau dâindices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant dâĂ©tablir que, en tant que membre de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger, le requĂ©rant avait pris part Ă des actes de violence.
â       Sur la question de savoir si le requĂ©rant soutient des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce pays
75      à titre liminaire, il importe dâobserver que le dernier paragraphe de lâexposĂ© des motifs , selon lequel le requĂ©rant soutient des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce pays, est introduit par lâexpression « par consĂ©quent », de sorte quâil doit ĂȘtre lu Ă la lumiĂšre des autres motifs figurant dans ledit exposĂ© des motifs, tel que repris au point 11 ci-dessus. Le Conseil a dâailleurs reconnu, lors de lâaudience, quâil sâagissait dâun alinĂ©a de synthĂšse, qui Ă©tablissait le lien entre les faits prĂ©sentĂ©s par lâexposĂ© des motifs et le critĂšre dâinscription.
76      Or, Ă la lumiĂšre des considĂ©rations qui prĂ©cĂšdent, il y a lieu de constater que le Conseil nâa pas Ă©tabli que le requĂ©rant jouait un rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres, et que, en tant que membre de cette union, il avait pris part Ă des actes de violence, de sorte quâil ne saurait ĂȘtre dĂ©duit de ces motifs que le requĂ©rant soutient des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce pays.
77      Sâagissant des autres indices figurant dans le dossier de preuves dont se prĂ©vaut le Conseil, Ă savoir le fait que le requĂ©rant est une figure clĂ© dâun rĂ©seau ayant des liens Ă©troits avec les forces anti-dĂ©mocratiques en Allemagne, que la manifestation qui a eu lieu Ă Cologne en 2022, dont il a assurĂ© la sĂ©curitĂ©, avait Ă©tĂ© organisĂ©e avec des personnes ayant des liens Ă©troits avec les agences gouvernementales de la FĂ©dĂ©ration de Russie, quâil est impliquĂ© dans des cyberâactivitĂ©s, quâil Ćuvre sur les rĂ©seaux sociaux afin de convaincre les allemands que lâagression russe contre lâUkraine est justifiĂ©e et que lâAllemagne doit coopĂ©rer avec la FĂ©dĂ©ration de Russie, quâil fait partie dâun investissement du Kremlin Ă long terme dans le dĂ©chirement de la dĂ©mocratie allemande, quâil figure parmi les personnes qui menacent la sĂ©curitĂ© europĂ©enne, ou encore quâil a un lien avec des personnes proches du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie, il y a lieu de relever quâils ne sont pas de nature Ă Ă©tayer les motifs selon lesquels le requĂ©rant joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres, et en tant que membre de cette union, il a pris part Ă des actes de violence. InterrogĂ© sur ce point lors de lâaudience, le Conseil a dâailleurs prĂ©cisĂ© quâil sâagissait dâĂ©lĂ©ments qui dĂ©montraient que le requĂ©rant intervenait dans la logique des unions cosaques. Ainsi, pour les raisons figurant au point 75ci-dessus, Ă savoir que le dernier paragraphe de lâexposĂ© des motifs ne saurait, en substance, ĂȘtre considĂ©rĂ© comme autonome, ces indices ne sauraient ĂȘtre pris en considĂ©ration.
78      Si, dans ses Ă©critures, le Conseil indique que le requĂ©rant « fait partie de longue date dâun rĂ©seau, Ă©tabli en Allemagne, de soutien aux actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© en Ukraine », il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, la lĂ©galitĂ© du rĂšglement dâexĂ©cution attaquĂ© ne peut ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e que sur le fondement des Ă©lĂ©ments de fait et de droit sur la base desquels il a Ă©tĂ© adoptĂ©. Le Conseil ne saurait dĂšs lors invoquer devant le Tribunal, pour justifier le bien-fondĂ© de lâinscription du nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse, des motifs sur lesquels il ne sâest pas fondĂ© lors de lâadoption dudit rĂšglement dâexĂ©cution, invitant ainsi le Tribunal Ă procĂ©der Ă une substitution des motifs sur lesquels cet acte se fonde (voir, en ce sens, arrĂȘt du 12 novembre 2013, North Drilling/Conseil, Tâ552/12, non publiĂ©, EU:T:2013:590, point 25).
79      Or, en lâespĂšce, lâappartenance du requĂ©rant Ă un rĂ©seau, Ă©tabli en Allemagne, de soutien aux actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© en Ukraine, Ă la supposer Ă©tablie, ne ressort pas de lâexposĂ© des motifs et ne se rattache Ă aucun des faits allĂ©guĂ©s par celui-ci, de sorte quâelle ne peut pas ĂȘtre prise en considĂ©ration.
80      DĂšs lors, il y a lieu de considĂ©rer que le Conseil nâa pas fait Ă©tat dâun faisceau dâindices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant dâĂ©tablir que le requĂ©rant a soutenu des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce pays.
â       Conclusion
81      à la lumiĂšre de lâensemble des considĂ©rations qui prĂ©cĂšdent, il y a lieu de considĂ©rer que le Conseil a commis une erreur dâapprĂ©ciation en inscrivant le nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse au motif quâil jouait un rĂŽle de reprĂ©sentant de lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres, que, en tant que membre de cette union, il a pris part Ă des actes de violence et que, par consĂ©quent, il a soutenu des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de lâUkraine en tentant de renverser lâordre constitutionnel de ce pays.
82      Dans ce contexte, le motif selon lequel lâUnion des guerriers cosaques de Russie et de lâĂ©tranger est associĂ©e au gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie et particip e Ă la guerre en Ukraine, qui, ainsi quâil ressort du point 38 ci-dessus, est suffisamment Ă©tayĂ© par le dossier de preuves, ne saurait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme Ă©tant une base suffisante pour soutenir le rĂšglement dâexĂ©cution attaquĂ© en ce quâil concerne le requĂ©rant (voir, en ce sens, arrĂȘts du 28 novembre 2013, Conseil/Manufacturing Support & Procurement Kala Naft, Câ348/12 P, EU:C:2013:776, point 72, et du 15 novembre 2023, OT/Conseil, Tâ193/22, EU:T:2023:716, point 186).
83      DĂšs lors, il y a lieu dâaccueillir le premier moyen et dâannuler le rĂšglement dâexĂ©cution attaquĂ© en tant quâil concerne le requĂ©rant, sans quâil soit nĂ©cessaire de se prononcer sur les autres arguments invoquĂ©s par le requĂ©rant dans le cadre de ce moyen et sur le second moyen.
 Sur les dépens
84      Aux termes de lâarticle 134, paragraphe 1, du rĂšglement de procĂ©dure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnĂ©e aux dĂ©pens, sâil est conclu en ce sens.
85      Le Conseil ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions du requérant.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (huitiĂšme chambre)
dĂ©clare et arrĂȘte :
1)      Le rĂšglement dâexĂ©cution (UE) 2025/965 du Conseil, du 20 mai 2025, mettant en Ćuvre le rĂšglement (UE) 2024/2642 concernant des mesures restrictives eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie (JO L, 2025/965), est annulĂ© en tant quâil concerne M. Andrei Kharkovsky.
2)      Le Conseil de lâUnion europĂ©enne supportera, outre ses dĂ©pens, ceux exposĂ©s par M. Kharkovsky.
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GĂąlea |
Costeira |
RicziovĂĄ |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 21 octobre 2026.
Signatures
*      Langue de procĂ©dure : lâallemand.
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