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EU EU-Retten 2026-10-21 T-479/25

Andrei Kharkovsky mod RÄdet for Den EuropÊiske Union (T-479/25)

Andrei Kharkovsky mod RÄdet for Den EuropÊiske Union

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Summary

Politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune – Mesures restrictives prises eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie – Gel des fonds – Liste des personnes physiques, des entitĂ©s et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources Ă©conomiques – Inscription du nom du requĂ©rant sur la liste – Notion de “soutien Ă  des actions du gouvernement de la Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays” – Erreur d’apprĂ©ciation

Par ces motifs,

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (huitiùme chambre)

21 octobre 2026 (*)

« Politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune – Mesures restrictives prises eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie – Gel des fonds – Liste des personnes physiques, des entitĂ©s et des organismes auxquels s’applique le gel des fonds et des ressources Ă©conomiques – Inscription du nom du requĂ©rant sur la liste – Notion de “soutien Ă  des actions du gouvernement de la Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays” – Erreur d’apprĂ©ciation »

Dans l’affaire T‑479/25,

Andrei Kharkovsky, demeurant à Troisdorf (Allemagne), représenté par Mes B. Malmendier et M. Spichal, avocats,

partie requérante,

contre

Conseil de l’Union europĂ©enne, reprĂ©sentĂ© par Mmes A. Jaume et L. Berger, en qualitĂ© d’agentes,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (huitiĂšme chambre),

composé, lors des délibérations, de M. I. Gùlea, président, Mmes M. J. Costeira (rapporteure) et B. Ricziovå, juges,

greffiÚre : Mme S. Jund, administratrice,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 7 juillet 2026,

rend le présent

ArrĂȘt

1        Par son recours fondĂ© sur l’article 263 TFUE, le requĂ©rant, M. Andrei Kharkovsky, demande l’annulation du rĂšglement d’exĂ©cution (UE) 2025/965 du Conseil, du 20 mai 2025, mettant en Ɠuvre le rĂšglement (UE) 2024/2642 concernant des mesures restrictives eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie (JO L, 2025/965, ci-aprĂšs le « rĂšglement d’exĂ©cution attaqué »), en tant qu’il le concerne.

 AntĂ©cĂ©dents du litige et faits postĂ©rieurs Ă  l’introduction du recours

2        Le requérant est un citoyen russe demeurant en Allemagne.

3        La prĂ©sente affaire s’inscrit dans le contexte des mesures restrictives adoptĂ©es eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la FĂ©dĂ©ration de Russie.

4        Dans ses conclusions du 27 juin 2024, le Conseil europĂ©en a condamnĂ© tous les types d’activitĂ©s hybrides, qui sont en hausse et qui ciblent l’Union europĂ©enne, ses États membres et ses partenaires, y compris l’intimidation, le sabotage, la subversion, les activitĂ©s de manipulation de l’information et d’ingĂ©rence menĂ©es depuis l’étranger, la dĂ©sinformation, les actes de cybermalveillance et l’instrumentalisation de migrants par des pays tiers, et a soulignĂ© que la FĂ©dĂ©ration de Russie avait intensifiĂ© sa campagne par de nouvelles opĂ©rations actives sur le sol europĂ©en.

5        Par la suite, le Conseil de l’Union europĂ©enne a adoptĂ© un cadre de mesures restrictives contre des personnes, entitĂ©s ou organismes responsables de la mise en Ɠuvre ou du soutien apportĂ© Ă  des actions ou des politiques menĂ©es par le gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent ou menacent les valeurs fondamentales de l’Union, et sa sĂ©curitĂ©, son indĂ©pendance et son intĂ©gritĂ©, ainsi que la stabilitĂ©, la sĂ©curitĂ© ou l’indĂ©pendance de ses États membres, d’organisations internationales ou de pays tiers, ou la souverainetĂ© des États membres et de pays tiers.

6        En particulier, le Conseil a adoptĂ©, sur le fondement de l’article 29 TUE, la dĂ©cision (PESC) 2024/2643, du 8 octobre 2024, concernant des mesures restrictives eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie (JO L, 2024/2643, et rectificatif JO L, 2025/90142).

7        Le mĂȘme jour, le Conseil a adoptĂ©, sur le fondement de l’article 215 TFUE, le rĂšglement (UE) 2024/2642, concernant des mesures restrictives eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie (JO L, 2024/642).

8        L’article 1er, paragraphe 1, sous a), i), de la dĂ©cision 2024/2643 est libellĂ© comme suit :

« 1. Les États membres prennent les mesures nĂ©cessaires pour empĂȘcher l’entrĂ©e ou le passage en transit sur leur territoire des personnes physiques, dont la liste figure en annexe, qui :

a) sont responsables d’actions ou de politiques du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent ou menacent la dĂ©mocratie, l’état de droit, la stabilitĂ© ou la sĂ©curitĂ© de l’Union, ou d’un ou de plusieurs de ses États membres, d’une organisation internationale ou d’un pays tiers, ou qui compromettent ou menacent la souverainetĂ© ou l’indĂ©pendance d’un ou de plusieurs de ses États membres, ou d’un pays tiers, ou qui mettent en Ɠuvre ou soutiennent de telles actions ou politiques ou en tirent avantage, par l’un des agissements suivants :

i) organiser ou diriger des actions faisant obstacle ou portant atteinte au processus politique dĂ©mocratique, y compris en faisant obstacle ou en portant atteinte Ă  la tenue d’élections ou en tentant de dĂ©stabiliser ou de renverser l’ordre constitutionnel, ou participer, directement ou indirectement, Ă  de telles actions ou les faciliter de quelque autre maniĂšre ».

9        L’article 2, paragraphe 1, sous a), i), et paragraphe 2, de la dĂ©cision 2024/2643 prĂ©voit ce qui suit :

« 1. Sont gelés tous les fonds et ressources économiques appartenant aux personnes physiques ou morales, entités ou organismes qui :

a) sont responsables d’actions ou de politiques du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent ou menacent la dĂ©mocratie, l’état de droit, la stabilitĂ© ou la sĂ©curitĂ© de l’Union, d’un ou de plusieurs de ses États membres, d’une organisation internationale ou d’un pays tiers, ou qui compromettent ou menacent la souverainetĂ© ou l’indĂ©pendance d’un ou de plusieurs de ses États membres, ou d’un pays tiers, ou qui mettent en Ɠuvre ou soutiennent de telles actions ou politiques ou en tirent avantage, par l’un des agissements suivants :

i) organiser ou diriger des actions faisant obstacle ou portant atteinte au processus politique dĂ©mocratique, y compris en faisant obstacle ou en portant atteinte Ă  la tenue d’élections ou en tentant de dĂ©stabiliser ou de renverser l’ordre constitutionnel, ou participer, directement ou indirectement, Ă  de telles actions ou les faciliter de quelque autre maniĂšre ;

[
]

2. Aucun fonds ni aucune ressource Ă©conomique n’est, directement ou indirectement, mis Ă  la disposition des personnes physiques ou morales, des entitĂ©s ou des organismes dont la liste figure en annexe, ou mis Ă  leur profit. »

10      L’article 2, paragraphes 1 et 2, et paragraphe 3, sous a), i), du rĂšglement 2024/2642, est rĂ©digĂ© comme suit :

« 1. Sont gelĂ©s tous les fonds et ressources Ă©conomiques qui appartiennent aux personnes physiques ou morales, aux entitĂ©s ou aux organismes inscrits sur la liste figurant Ă  l’annexe I, de mĂȘme que tous les fonds et ressources Ă©conomiques que ces personnes, entitĂ©s ou organismes ont en leur possession, dĂ©tiennent ou contrĂŽlent.

2. Aucun fonds ni aucune ressource Ă©conomique ne sont mis, directement ou indirectement, Ă  la disposition des personnes physiques ou morales, des entitĂ©s ou des organismes inscrits sur la liste figurant Ă  l’annexe I, ni ne sont dĂ©bloquĂ©s Ă  leur profit.

3. L’annexe I inclut les personnes physiques ou morales, les entitĂ©s ou les organismes qui :

a) sont responsables d’actions ou de politiques du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent ou menacent la dĂ©mocratie, l’état de droit, la stabilitĂ© ou la sĂ©curitĂ© de l’Union, d’un ou de plusieurs de ses États membres, d’une organisation internationale, ou d’un pays tiers, ou qui compromettent ou menacent la souverainetĂ© ou l’indĂ©pendance d’un ou de plusieurs de ses États membres, ou d’un pays tiers, ou qui mettent en Ɠuvre ou soutiennent de telles actions ou politiques ou en tirent avantage, par l’un des agissements suivants :

i) organiser ou diriger des actions faisant obstacle ou portant atteinte au processus politique dĂ©mocratique, notamment en faisant obstacle ou en portant atteinte Ă  la tenue d’élections ou en tentant de dĂ©stabiliser ou de renverser l’ordre constitutionnel, ou participer, directement ou indirectement, Ă  de telles actions ou les faciliter de quelque autre maniĂšre. »

11      Le 20 mai 2025, le Conseil a adoptĂ©, d’une part, la dĂ©cision (PESC) 2025/966, modifiant la dĂ©cision 2024/2643 (JO L, 2025/966), par laquelle le nom du requĂ©rant a Ă©tĂ© inscrit sur la liste figurant Ă  l’annexe de la dĂ©cision 2024/2643 et, d’autre part, le rĂšglement d’exĂ©cution attaquĂ©, par lequel le nom du requĂ©rant a Ă©tĂ© inscrit sur la liste figurant Ă  l’annexe I du rĂšglement 2024/2642 pour les motifs suivants :

« [Le requĂ©rant] est un citoyen russe qui vit en Allemagne. En Allemagne, [le requĂ©rant] joue le rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres. L’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger est une entitĂ© associĂ©e au gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie et participant Ă  la guerre d’agression et aux actes de violence de la Russie en Ukraine, afin de soutenir les sĂ©paratistes pro-russes sous couvert d’une “mission historique” visant Ă  rĂ©tablir le contrĂŽle russe sur le sud et l’est de l’Ukraine. En tant que membre de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, [le requĂ©rant] a pris part Ă  des actes de violence.

Par consĂ©quent, [le requĂ©rant] soutient des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays. »

 Conclusions des parties

12      Le requĂ©rant conclut Ă  ce qu’il plaise au Tribunal :

–        annuler le rĂšglement d’exĂ©cution attaquĂ© en tant qu’il le concerne ;

–        condamner le Conseil aux dĂ©pens.

13      Le Conseil conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

–        rejeter le recours ;

–        condamner le requĂ©rant aux dĂ©pens.

 En droit

 Sur l’objet du recours

14      Il convient d’observer que le requĂ©rant demande l’annulation du rĂšglement d’exĂ©cution attaquĂ© en tant qu’il le concerne, sans pour autant demander l’annulation de la dĂ©cision 2025/966, ce qu’il a d’ailleurs confirmĂ© Ă  l’audience en rĂ©ponse Ă  une question adressĂ©e par le Tribunal.

15      À cet Ă©gard, il y a lieu de prĂ©ciser qu’une partie requĂ©rante peut dĂ©cider d’introduire un recours tendant uniquement Ă  l’annulation d’un rĂšglement d’exĂ©cution inscrivant son nom sur la liste des personnes faisant l’objet de mesures restrictives, Ă  l’exclusion de la dĂ©cision correspondante (voir arrĂȘt du 11 dĂ©cembre 2024, Al-Assad/Conseil, T‑420/23, non publiĂ©, EU:T:2024:896, point 23 et jurisprudence citĂ©e).

16      Ainsi, la circonstance que l’objet du recours soit limitĂ© Ă  une demande d’annulation du rĂšglement d’exĂ©cution attaquĂ© ne fait pas obstacle Ă  son examen, sans prĂ©judice des consĂ©quences qu’une Ă©ventuelle annulation de ce rĂšglement pourrait avoir sur la dĂ©cision 2025/966 (voir arrĂȘt du 11 dĂ©cembre 2024, Al-Assad/Conseil, T‑420/23, non publiĂ©, EU:T:2024:896, point 25 et jurisprudence citĂ©e).

17      C’est au regard de ces constatations qu’il convient de procĂ©der Ă  l’examen du bien-fondĂ© du recours.

 Sur le fond

18      À l’appui du recours, le requĂ©rant soulĂšve deux moyens, tirĂ©s, le premier, d’une erreur manifeste d’apprĂ©ciation et, le second, d’une violation du principe de proportionnalitĂ©.

19      S’agissant du premier moyen, qu’il convient d’examiner dans un premier temps, il importe de relever qu’il doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme Ă©tant tirĂ© d’une erreur d’apprĂ©ciation, et non d’une erreur manifeste d’apprĂ©ciation. En effet, s’il est certes vrai que le Conseil dispose d’un certain pouvoir d’apprĂ©ciation pour dĂ©terminer, au cas par cas, si les critĂšres juridiques sur lesquels se fondent les mesures restrictives en cause sont remplis, il n’en reste pas moins que les juridictions de l’Union doivent assurer un contrĂŽle, en principe complet, de la lĂ©galitĂ© de l’ensemble des actes de l’Union au regard des droits fondamentaux faisant partie intĂ©grante de l’ordre juridique de l’Union (voir, en ce sens, arrĂȘt du 28 novembre 2013, Conseil/Fulmen et Mahmoudian, C‑280/12 P, EU:C:2013:775, point 58).

20      Dans le cadre de ce premier moyen, le requĂ©rant, reproche, en substance, au Conseil, d’avoir commis une erreur d’apprĂ©ciation en l’inscrivant, par le rĂšglement d’exĂ©cution attaquĂ©, sur la liste figurant Ă  l’annexe I du rĂšglement 2024/2642 (ci-aprĂšs la « liste litigieuse »).

21      Le Conseil conteste les arguments du requĂ©rant. Il soutient, en substance, que les informations figurant dans le dossier WK 6040/2025 INIT (ci-aprĂšs le « dossier de preuves »), qu’il a fourni en annexe Ă  son mĂ©moire en dĂ©fense, Ă©tayent Ă  suffisance son inscription sur la liste litigieuse.

22      Les arguments des parties appellent quelques considérations liminaires.

 Considérations liminaires

23      Selon la jurisprudence, l’effectivitĂ© du contrĂŽle juridictionnel garanti par l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union europĂ©enne exige notamment que le juge de l’Union s’assure que la dĂ©cision par laquelle des mesures restrictives ont Ă©tĂ© adoptĂ©es ou maintenues, qui revĂȘt une portĂ©e individuelle pour la personne ou l’entitĂ© concernĂ©e, repose sur une base factuelle suffisamment solide. Cela implique une vĂ©rification des faits allĂ©guĂ©s dans l’exposĂ© des motifs qui sous-tend ladite dĂ©cision, de sorte que le contrĂŽle juridictionnel ne soit pas limitĂ© Ă  l’apprĂ©ciation de la vraisemblance abstraite des motifs invoquĂ©s, mais porte sur la question de savoir si ces motifs, ou, Ă  tout le moins, l’un d’eux considĂ©rĂ© comme suffisant en soi pour soutenir cette mĂȘme dĂ©cision, sont Ă©tayĂ©s (arrĂȘts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 119, et du 5 novembre 2014, Mayaleh/Conseil, T‑307/12 et T‑408/13, EU:T:2014:926, point 128).

24      Une telle apprĂ©ciation doit ĂȘtre effectuĂ©e en examinant les Ă©lĂ©ments de preuve et d’information non de maniĂšre isolĂ©e, mais dans le contexte dans lequel ils s’insĂšrent. En effet, le Conseil satisfait Ă  la charge de la preuve qui lui incombe s’il fait Ă©tat devant le juge de l’Union d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant d’établir l’existence d’un lien suffisant entre la personne sujette Ă  une mesure de gel de ses fonds et le rĂ©gime ou, en gĂ©nĂ©ral, les situations combattues (voir arrĂȘt du 20 juillet 2017, Badica et Kardiam/Conseil, T‑619/15, EU:T:2017:532, point 99 et jurisprudence citĂ©e).

25      C’est Ă  l’autoritĂ© compĂ©tente de l’Union qu’il appartient, en cas de contestation, d’établir le bien-fondĂ© des motifs retenus contre la personne concernĂ©e, et non Ă  cette derniĂšre d’apporter la preuve nĂ©gative de l’absence de bien-fondĂ© desdits motifs. Il importe que les informations ou les Ă©lĂ©ments produits Ă©tayent les motifs retenus contre la personne concernĂ©e (voir, en ce sens, arrĂȘts du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, points 121 et 122, et du 3 juillet 2014, National Iranian Tanker Company/Conseil, T‑565/12, EU:T:2014:608, point 57).

26      Si l’autoritĂ© compĂ©tente de l’Union fournit des informations ou des Ă©lĂ©ments de preuve pertinents, le juge de l’Union doit vĂ©rifier l’exactitude matĂ©rielle des faits allĂ©guĂ©s au regard de ces informations ou Ă©lĂ©ments et apprĂ©cier la force probante de ces derniers en fonction des circonstances de l’espĂšce et Ă  la lumiĂšre des Ă©ventuelles observations prĂ©sentĂ©es notamment par la personne ou l’entitĂ© concernĂ©e Ă  leur sujet (arrĂȘt du 18 juillet 2013, Commission e.a./Kadi, C‑584/10 P, C‑593/10 P et C‑595/10 P, EU:C:2013:518, point 124).

27      C’est Ă  la lumiĂšre de ces considĂ©rations liminaires qu’il convient de vĂ©rifier si le Conseil a commis une erreur d’apprĂ©ciation en dĂ©cidant d’inscrire le nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse.

 Sur le bien-fondĂ© de l’inscription du nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse

28      Le dossier de preuves, sur la base duquel le Conseil a fondĂ© l’inscription du nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse, comprend les Ă©lĂ©ments de preuve suivants :

–        une enquĂȘte d’investigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters  le 3 janvier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « In Germany some are clamouring for a change in course on Ukraine. Key figures in the campaign have links to the Russian state or far right » (En Allemagne, certains rĂ©clament un changement de cap concernant l’Ukraine. Des figures clĂ©s de cette campagne ont des liens avec l’État russe ou l’extrĂȘme droite), qui indique que le requĂ©rant prĂȘte allĂ©geance Ă  une sociĂ©tĂ© cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa campagne militaire en Ukraine, qu’il a participĂ© Ă  de multiples rassemblements cosaques en Allemagne, qu’il a assurĂ© la sĂ©curitĂ© d’une manifestation qui a eu lieu Ă  Cologne (Allemagne) en 2022 ayant pour objet d’exhorter le gouvernement allemand de rompre avec l’alliance occidentale soutenant l’Ukraine et de faire la paix avec la FĂ©dĂ©ration de Russie, qu’il partage des photographies sur les rĂ©seaux sociaux montrant qu’il participe Ă  des rassemblements cosaques, souvent en portant une tenue militaire cosaque, aux cĂŽtĂ©s des reprĂ©sentants de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger et que, lors du rassemblement annuel de Hanovre (Allemagne) de 2022, il a postĂ© une photographie devant le drapeau de l’armĂ©e du Don et qu’il a un tatouage symbole de l’extrĂȘme droite russe (piĂšce no 1 du dossier de preuves) ;

–        un article de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online le 11 janvier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Recherche enthĂŒllt Machenschaften der Putin-JĂŒnger in Deutschland » (Une enquĂȘte rĂ©vĂšle les manigances des partisans de Poutine en Allemagne), qui renvoie aux informations contenues dans l’enquĂȘte d’investigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters  figurant dans la piĂšce no 1 du dossier de preuves, selon lequel le requĂ©rant prĂȘte allĂ©geance Ă  une sociĂ©tĂ© cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa campagne militaire en Ukraine, partage des photographies sur les rĂ©seaux sociaux faisant Ă©tat de sa participation Ă  des rassemblements des cosaques, porte souvent un uniforme militaire cosaque et a un tatouage symbole de l’extrĂȘme droite russe (piĂšce no 2 du dossier de preuves) ;

–        un article publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post le 5 janvier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Germany Targeted by Putin in War on Ukraine » (L’Allemagne prise pour cible par Poutine dans la guerre en Ukraine), qui mentionne le requĂ©rant parmi les personnes qui organisent diffĂ©rentes activitĂ©s publiques, dont la manifestation a eu lieu Ă  Cologne en 2022, qui ont Ă©tĂ© impliquĂ©es dans des cyber‑activitĂ©s et qui travaillent sur les rĂ©seaux sociaux afin de convaincre les Allemands que l’agression russe contre l’Ukraine est justifiĂ©e et que l’Allemagne doit coopĂ©rer avec la FĂ©dĂ©ration de Russie et acheter son gaz. Selon cet article, ces personnes font partie d’un investissement du pouvoir russe Ă  long terme dans le dĂ©chirement de la dĂ©mocratie allemande, l’implication de Berlin (Allemagne) dans ses plans politiques et la destruction de l’unitĂ© de l’Union (piĂšce no 3 du dossier de preuves) ;

–        un article de presse publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso le 3 fĂ©vrier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Russian agents in Germany raise money for war against Ukraine, recruit to Wagner PMC, and promote pro-Kremlin stance » (Des agents russes en Allemagne collectent de l’argent pour la guerre contre l’Ukraine, recrutent pour la sociĂ©tĂ© militaire privĂ©e Wagner et promeuvent une position pro-Kremlin), qui mentionne le requĂ©rant comme prĂȘtant allĂ©geance au groupe paramilitaire cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa guerre en Ukraine et conclut que les personnes comme le requĂ©rant menacent la sĂ©curitĂ© europĂ©enne (piĂšce no 4 du dossier de preuves) ;

–        un article de presse publiĂ© sur le site Internet de Jamestown le 28 novembre 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Cossack Warriors From Russia and Abroad Meet in Moscow » (Des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger se rĂ©unissent Ă  Moscou), dont il ressort que l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger est devenue une armĂ©e et envoie des volontaires pour lutter aux cĂŽtĂ©s de l’armĂ©e russe en Ukraine, que la principale organisation cosaque est l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, que, en novembre 2023, des reprĂ©sentants de Kremlin ont participĂ© Ă  une rĂ©union d’ampleur de cette derniĂšre, que les cosaques sont les guerriers des forces russes les plus dĂ©vouĂ©s, que les lutteurs cosaques ont reçu plusieurs ordres militaires pour leurs services en Ukraine, dont celui de « HĂ©ros de la Russie », que la FĂ©dĂ©ration de Russie pourra s’appuyer, dans l’avenir, sur les organisations cosaques pour semer la discorde et l’instabilitĂ© dans toute l’Europe et que les cosaques jouent un rĂŽle clĂ© dans la menace hybride contre l’Ukraine et l’Occident dans son ensemble (piĂšce no 5 du dossier de preuves) ;

–        un rapport sur les activitĂ©s de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger publiĂ© sur le site Internet de GlobalSecurity, consultĂ© le 24 septembre 2024, dont il ressort que cette union est une organisation publique panrusse enregistrĂ©e auprĂšs du ministĂšre de la Justice de la FĂ©dĂ©ration de Russie dont l’objet est notamment de participer Ă  des activitĂ©s afin de renforcer l’État russe ainsi que sa stabilitĂ© socio-politique, de s’occuper des familles des membres cosaques appelĂ©s au service militaire et de fournir assistance Ă  celles dont les membres sont dĂ©cĂ©dĂ©s ou encore d’interagir avec des sociĂ©tĂ©s cosaques militaires (piĂšce no 6 du dossier de preuves) ;

–        un extrait du site Internet officiel du Kremlin du 8 dĂ©cembre 2020, consultĂ© le 24 septembre 2024, qui atteste de l’existence du Conseil des affaires cosaques , dont la rĂ©union annuelle de 2020 a Ă©tĂ© prĂ©sidĂ©e par un conseiller prĂ©sidentiel, et qui prĂ©cise que, en dĂ©cembre 2020, le dirigeant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger a prĂ©sentĂ© un rapport de synthĂšse sur les rĂ©sultats de l’activitĂ© de l’union (piĂšce no 7 du dossier de preuves) ;

–        un schĂ©ma publiĂ© sur le site Internet « www.rferl.org », consultĂ© le 24 septembre 2024,  qui identifie l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger comme une organisation participant Ă  la guerre d’agression de la FĂ©dĂ©ration de Russie contre l’Ukraine (piĂšce no 9 du dossier de preuves) ;

–        un rapport publiĂ© sur le site Internet de GlobalSecurity, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Cossacks - 2022 Special Military Operation » (Les Cosaques – OpĂ©ration militaire spĂ©ciale 2022), selon lequel les cosaques participent directement et indirectement Ă  la guerre en Ukraine et, en janvier 2023, on comptait 16 000 cosaques prĂ©sents sur le front (piĂšce no 10 du dossier de preuves) ;

–        un article de presse publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine le 3 janvier 2023, consultĂ© le 24 septembre 2024, intitulĂ© « Pro-Putin operatives in Germany work to turn Berlin against Ukraine » (Des agents pro-Poutine en Allemagne Ɠuvrent pour monter Berlin contre l’Ukraine), qui renvoie aux informations contenues dans l’enquĂȘte d’investigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters  figurant dans la piĂšce no 1, dont il ressort que le requĂ©rant prĂȘte allĂ©geance Ă  une sociĂ©tĂ© cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa campagne militaire en Ukraine (piĂšce no 11 du dossier de preuves).

29      ConformĂ©ment Ă  la jurisprudence citĂ©e aux points 25 et 26 ci-dessus, il convient de vĂ©rifier, Ă  la lumiĂšre des arguments du requĂ©rant, si les Ă©lĂ©ments de preuve mentionnĂ©s au point 28 ci-dessus Ă©tayent les motifs d’inscription du requĂ©rant sur la liste litigieuse.

30      Le requĂ©rant fait valoir, en substance, que les Ă©lĂ©ments de preuve produits par le Conseil sont insuffisamment fiables et qu’ils n’étayent pas les motifs d’inscription. Il indique qu’il n’agit pas en tant que reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, qu’il n’a pas participĂ© Ă  des actes de violence et qu’il ne soutient pas des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine, en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays.

31      Le Conseil conteste les arguments du requĂ©rant. Il soutient qu’il a prĂ©sentĂ© un faisceau d’indices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant d’établir que ce dernier entretenait des liens Ă©troits avec l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, qui est une association Ă©troitement liĂ©e aux services de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui soutient la guerre en Ukraine.

32      Ainsi qu’il ressort du point 11 ci-dessus, le requĂ©rant a Ă©tĂ© inscrit sur la liste litigieuse au motif qu’il jouait un rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, une entitĂ© associĂ©e au gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie participant Ă  la guerre en Ukraine, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres, que, en tant que membre de cette union, il a pris part Ă  des actes de violence et que, par consĂ©quent, il soutenait des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays.

33      Il convient donc d’examiner si, conformĂ©ment Ă  la jurisprudence citĂ©e au point 24 ci-dessus, le Conseil a satisfait Ă  la charge de la preuve qui lui incombait en faisant Ă©tat d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant d’établir le bien-fondĂ© des motifs susmentionnĂ©s.

34      À titre liminaire, il convient de constater que, ainsi que le soutient le requĂ©rant sans ĂȘtre contredit par le Conseil sur ce point, il ne ressort pas du dossier de preuves que le requĂ©rant est un « membre » de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, en ce sens qu’il est formellement affiliĂ© Ă  cette union.

35      Toutefois, il convient de relever qu’il ressort du libellĂ© de l’exposĂ© des motifs, tel que repris au point 11 ci-dessus,que les faits allĂ©guĂ©s relatifs Ă  cette qualitĂ© de « membre » du requĂ©rant s’inscrivent dans la continuitĂ© de l’affirmation selon laquelle il « joue le rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres ».

36      DĂšs lors, il convient d’interprĂ©ter le terme « membre » , employĂ© dans la derniĂšre phrase du premier alinĂ©a de l’exposĂ© des motifs, dans le sens de personne qui appartient Ă  un groupe, sans y ĂȘtre formellement affiliĂ©.

37      C’est en tenant compte de cette remarque qu’il convient d’examiner le bien-fondĂ© de l’inscription du nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse.

38      À cet Ă©gard, il convient de constater, Ă  l’instar du Conseil, sans que le requĂ©rant ne le conteste, que le dossier de preuves et, en particulier, l’article de presse publiĂ© sur le site Internet de Jamestown, les rapports publiĂ©s sur le site Internet de GlobalSecurity, l’extrait du site Internet officiel du Kremlin, ou encore le schĂ©ma publiĂ© sur le site Internet « www.rferl.org », Ă©tayent Ă  suffisance l’association de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger au gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie et sa participation Ă  la guerre en Ukraine.

39      Il convient donc d’examiner si les motifs retenus par le Conseil et visant les liens entre le requĂ©rant et l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger sont suffisamment Ă©tayĂ©s pour justifier l’inscription de son nom sur la liste litigieuse.

–       Sur le motif selon lequel le requĂ©rant joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres

40      En premier lieu, il convient d’observer que, d’une part, contrairement Ă  d’autres personnes mentionnĂ©es dans le dossier de preuves, qui sont spĂ©cifiquement indiquĂ©es comme ayant le rĂŽle de « reprĂ©sentants » de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger ou encore d’« ataman en chef » ou d’« ataman suprĂȘme » de cette union, aucun Ă©lĂ©ment figurant dans ce dossier n’attribue explicitement au requĂ©rant un quelconque rĂŽle au sein de celle-ci.

41      D’autre part, il convient de relever que le rĂŽle du requĂ©rant en tant que reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne ne ressort pas non plus implicitement du dossier de preuves.

42      PremiĂšrement, certes, ainsi que le soutient le Conseil, il ressort de l’enquĂȘte d’investigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters, dont les informations sont relayĂ©es par l’article de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online et par celui publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine, ainsi que de l’article de presse publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso, que le requĂ©rant « prĂȘte allĂ©geance » Ă  une sociĂ©tĂ© cosaque ou au groupe paramilitaire cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa guerre contre l’Ukraine.

43      Cependant, aucune information figurant dans ces Ă©lĂ©ments de preuve ne permet de considĂ©rer que la sociĂ©tĂ© cosaque ou le groupe paramilitaire cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa campagne militaire en Ukraine sont l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger. L’enquĂȘte d’investigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters fait d’ailleurs rĂ©fĂ©rence Ă  des « organisations cosaques » russes , qui sont fidĂšles au prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration de Russie, M. Vladimir Poutine, et qui « combattent aux cĂŽtĂ©s des forces russes en Ukraine », et mentionne notamment une autre organisation cosaque qui serait impliquĂ©e dans le recrutement des soldats et lutterait dans la campagne russe en Ukraine.

44      En outre, aucun autre Ă©lĂ©ment de preuve figurant dans le dossier de preuves ne permet de relever que l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger est la seule entitĂ© cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans la guerre en Ukraine. Certes, le schĂ©ma publiĂ© sur le site Internet « www.rferl.org » mentionne uniquement l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger parmi les entitĂ©s participant Ă  la guerre en Ukraine en coordination avec les forces sĂ©paratistes pro-russes. Toutefois, outre le fait que cette circonstance ne conduit pas automatiquement Ă  considĂ©rer qu’il s’agit de la seule entitĂ© cosaque prenant part Ă  la guerre en Ukraine, l’article de presse publiĂ© sur le site Internet de Jamestown fait rĂ©fĂ©rence Ă  des « groupes cosaques » qui ont « comblĂ© le vide laissĂ© par le dĂ©part [d’une sociĂ©tĂ© militaire privĂ©e] » du champ de bataille ukrainien.

45      Il s’ensuit que l’information selon laquelle le requĂ©rant « prĂȘte allĂ©geance » Ă  une sociĂ©tĂ© cosaque ou au groupe paramilitaire cosaque qui soutient la FĂ©dĂ©ration de Russie dans sa guerre contre l’Ukraine n’est pas de nature Ă  Ă©tablir que celui-ci joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne.

46      Cette conclusion est corroborĂ©e par l’argument du requĂ©rant, d’ailleurs non contestĂ© par le Conseil, selon lequel, au moment de la publication de l’enquĂȘte d’investigation sur le site Internet de Reuters, dont les informations ont Ă©tĂ© relayĂ©es par l’article de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online et par celui publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine, ainsi que de l’article de presse publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso, Ă  savoir respectivement le 3 janvier 2023et le 3 fĂ©vrier 2023, le requĂ©rant Ă©tait membre d’une autre union cosaque, Ă  savoir de l’Union des cosaques.

47      DeuxiĂšmement, ainsi le fait valoir le Conseil, il convient d’observer que l’enquĂȘte d’investigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters, dont les informations sont relayĂ©es par l’article de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online et par celui publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine, l’article publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post et celui publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso indiquent, d’une part, que le requĂ©rant a organisĂ© une manifestation qui a eu lieu Ă  Cologne en 2022 ayant pour objet d’exhorter le gouvernement allemand Ă  rompre avec l’alliance occidentale soutenant l’Ukraine ainsi que de faire la paix avec la FĂ©dĂ©ration Russie et, d’autre part, qu’il a assurĂ© la sĂ©curitĂ© de ladite manifestation.

48      NĂ©anmoins, il convient de relever qu’il n’y a pas d’indices dans le dossier de preuves permettant de considĂ©rer que la manifestation qui a eu lieu Ă  Cologne en 2022 aurait Ă©tĂ© organisĂ©e par l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger. En effet, alors que l’article publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post et celui publiĂ© sur le site Internet de Global Espreso ne fournissent aucun dĂ©tail Ă  cet Ă©gard, selon les informations de l’enquĂȘte d’investigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters, reprises par l’article de presse publiĂ© sur le site Internet de Focus Online et par celui publiĂ© sur le site Internet de AAMagazine, la reprĂ©sentante officielle (en anglais « the public face ») de cette manifestation Ă©tait une autre personne, qui, ainsi que cela ressort des Ă©critures du Conseil, a fait l’objet des mĂȘmes mesures restrictives que le requĂ©rant au motif notamment qu’elle entretenait des liens Ă©troits avec une autre entitĂ© russe.

49      Ainsi, la circonstance que le requĂ©rant a organisĂ© la manifestation qui a eu lieu Ă  Cologne en 2022 et a assurĂ© sa sĂ©curitĂ© n’est pas de nature Ă  Ă©tablir qu’il a agi au nom de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger et que, ce faisant, il a jouĂ© un rĂŽle de reprĂ©sentant de cette union en Allemagne.

50      TroisiĂšmement, comme le relĂšve le Conseil, l’article publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post mentionne le requĂ©rant parmi les personnes qui organisent diffĂ©rentes activitĂ©s publiques en Allemagne, telles que la manifestation qui a eu lieu Ă  Cologne en 2022, et indique que certaines de ces personnes dirigent des associations cosaques.

51      Or, force est de constater que, contrairement Ă  ce que fait valoir le Conseil, Ă  l’exception de l’information relative Ă  l’organisation de la manifestation qui a eu lieu Ă  Cologne en 2022, laquelle a dĂ©jĂ  fait l’objet d’une analyse aux points 47 Ă  49 ci-dessus, l’article publiĂ© sur le site Internet de Kyiv Post se limite Ă  indiquer, de maniĂšre vague, que « des personnes comme [le requĂ©rant] » sont impliquĂ©es dans de telles activitĂ©s, sans faire une quelconque rĂ©fĂ©rence Ă  l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger et sans prĂ©ciser si le requĂ©rant Ă©tait expressĂ©ment impliquĂ© dans une quelconque activitĂ©.

52      Il s’ensuit qu’il ne ressort ni explicitement ni implicitement du dossier de preuves que le requĂ©rant joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne.

53      Pour autant que le Conseil soutient qu’il existe des liens Ă©troits entre l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger et l’Union des cosaques, dont, ainsi qu’il ressort du point 46 ci-dessus, le requĂ©rant a Ă©tĂ© affiliĂ©, Ă  supposer mĂȘme qu’une telle circonstance soit Ă©tablie, elle ne permet pas, Ă  elle seule, de considĂ©rer que, malgrĂ© l’affiliation du requĂ©rant Ă  l’Union des cosaques, il joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne.

54      Or, ainsi qu’il ressort de la jurisprudence citĂ©e au point 25ci-dessus, c’est au Conseil qu’il appartient, en cas de contestation, d’établir le bien-fondĂ© des motifs retenus contre la personne concernĂ©e, et non Ă  cette derniĂšre d’apporter la preuve nĂ©gative de l’absence de bien-fondĂ© desdits motifs.

55      En tout Ă©tat de cause, il suffit de constater qu’il ressort des annexes A3 et A4 de la requĂȘte, qui correspondent Ă  une demande de rĂ©siliation de l’affiliation du requĂ©rant Ă  l’Union des cosaques du 26 novembre 2023 et Ă  une rĂ©ponse du 27 novembre 2023 du comitĂ© de direction de cette union confirmant sa rĂ©siliation, que le requĂ©rant a rĂ©siliĂ© son affiliation Ă  cette u nion et que cette rĂ©siliation a pris effet le 31 dĂ©cembre 2023, de sorte que, au moment de l’adoption du rĂšglement d’exĂ©cution attaquĂ©, Ă  savoir le 20 mai 2025, il n’était plus affiliĂ© Ă  cette derniĂšre.

56      Contrairement Ă  ce que soutient le Conseil, les annexes A3 et A4 de la requĂȘte constituent un commencement de preuve de nature Ă  dĂ©montrer la rĂ©alitĂ© du changement dans la situation personnelle du requĂ©rant. En effet, le requĂ©rant est le mieux placĂ© pour dĂ©terminer quelles preuves positives seraient susceptibles de dĂ©montrer la rĂ©alitĂ© du changement dans sa situation personnelle (voir, en ce sens et par analogie, arrĂȘt du 29 octobre 2025, Corßicova/Conseil, T‑345/24, non publiĂ©, sous pourvoi, EU:T:2025:995, point 143). Or, un « simple Ă©change de lettres » entre le requĂ©rant et le comitĂ© de direction de l’Union des cosaques suffit pour dĂ©montrer que celui-ci a rĂ©siliĂ© son affiliation Ă  cette union, et ce, indĂ©pendamment du fait qu’un tel Ă©change a eu lieu par voie Ă©lectronique ou sur papier.

57      En outre, contrairement Ă  ce que fait valoir le Conseil, ces Ă©lĂ©ments de preuve ne sauraient ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme dĂ©pourvus de valeur probante.

58      À cet Ă©gard, il y a lieu de rappeler que, conformĂ©ment Ă  une jurisprudence constante, l’activitĂ© du juge de l’Union est rĂ©gie par le principe de libre apprĂ©ciation des preuves et le seul critĂšre pour apprĂ©cier la valeur des preuves produites rĂ©side dans leur crĂ©dibilitĂ©. Pour apprĂ©cier la valeur probante d’un document, il faut vĂ©rifier la vraisemblance de l’information qui y est contenue en tenant compte, notamment, de l’origine du document, des circonstances de son Ă©laboration ainsi que de son destinataire et se demander si, d’aprĂšs son contenu, il semble sensĂ© et fiable [voir arrĂȘts du 31 mai 2018, Kaddour/Conseil, T‑461/16, EU:T:2018:316, point 107 et jurisprudence citĂ©e, et du 12 fĂ©vrier 2020, Amisi Kumba/Conseil, T‑163/18, EU:T:2020:57, point 95 (non publiĂ©) et jurisprudence citĂ©e].

59      Or, en l’espĂšce, s’agissant de la demande de rĂ©siliation de l’affiliation du requĂ©rant Ă  l’Union des cosaques figurant Ă  l’annexe A3, il suffit de constater qu’elle contient la signature du requĂ©rant, qu’elle est adressĂ©e Ă  l’Union des cosaques, qu’elle est datĂ©e du 26 novembre 2023, et est donc antĂ©rieure Ă  l’inscription du requĂ©rant sur la liste litigieuse, et qu’elle comporte une demande classique de rĂ©siliation d’une affiliation Ă  une union, de sorte qu’elle semble sensĂ©e et fiable au sens de la jurisprudence citĂ©e au point 58 ci-dessus.

60      Si le Conseil allĂšgue que la demande de rĂ©siliation a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e « in tempore suspecto », alors que les piĂšces nos 1 Ă  4 et 11 du dossier de preuves avaient Ă©tĂ© publiĂ©es, il suffit de relever que, ainsi qu’il ressort du point 28 ci‑dessus, ces Ă©lĂ©ments de preuve sont datĂ©s de janvier et de fĂ©vrier 2023, alors que ladite demande du requĂ©rant est datĂ©e du 26 novembre 2023, de sorte qu’un dĂ©lai de plusieurs mois s’est Ă©coulĂ© entre la parution de ces Ă©lĂ©ments de preuve et la demande de rĂ©siliation de l’affiliation du requĂ©rant Ă  l’Union des cosaques.  En outre, la seule circonstance que ces Ă©lĂ©ments de preuve aient Ă©tĂ© publiĂ©s n’est pas suffisante pour considĂ©rer que le requĂ©rant en avait connaissance.

61      Par ailleurs, en ce qui concerne la rĂ©ponse du comitĂ© de direction de l’Union des cosaques confirmant la rĂ©siliation de l’affiliation du requĂ©rant figurant Ă  l’annexe A4, il y a lieu d’observer qu’elle a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e Ă  la suite de la demande de ce dernier, qu’elle confirme sa « dĂ©mission » en tant que « membre » et que, Ă  cĂŽtĂ© de la mention « comitĂ© de direction », elle contient une signature manuscrite, de sorte qu’elle ne saurait ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme dĂ©pourvue de crĂ©dibilitĂ© au sens de la jurisprudence citĂ©e au point 58 ci-dessus.

62      Aucun argument du Conseil ne saurait remettre en cause cette conclusion. Tout d’abord, si le Conseil soutient que la rĂ©ponse du comitĂ© de direction de l’Union des cosaques mentionnĂ©e au point 61 ci-dessus n’a pas d’en-tĂȘte, il y a lieu de relever que, conformĂ©ment Ă  la jurisprudence, l’absence d’en-tĂȘte d’un document ne saurait, Ă  elle seule, remettre en cause sa valeur probante [voir, en ce sens et par analogie, arrĂȘt du 19 novembre 2025, Amphora Wineries/EUIPO – Bernabei Liquori (CHAMPAGNE LOUIS LAMAR LAMAR REIMS – FRANCE), T‑556/24, non publiĂ©, EU:T:2025:1047, point 77]. Ensuite, pour autant que le Conseil fait valoir que son signataire n’est pas identifiable, il convient d’observer que la signature manuscrite figurant dans cet Ă©lĂ©ment de preuve constitue un indice de son authenticitĂ©. De plus, dans la mesure oĂč le Conseil allĂšgue que le contenu de cet Ă©lĂ©ment de preuve est ambigu en ce que le requĂ©rant a demandĂ© la rĂ©siliation de son affiliation, alors mĂȘme que ledit Ă©lĂ©ment confirme sa « dĂ©mission » en tant que « membre », il convient de considĂ©rer que, eu Ă©gard Ă  la proximitĂ© sĂ©mantique des termes en cause, cette circonstance n’est pas suffisante pour considĂ©rer que l’information qu’il contient est invraisemblable. Enfin, l’argument du Conseil tirĂ© de ce qu’il est invraisemblable que l’Union des cosaques ait pu rĂ©pondre Ă  la demande du requĂ©rant le lendemain de son envoi en ce qu’elle se situerait Ă  plusieurs centaines de kilomĂštres de l’adresse du requĂ©rant doit Ă©galement ĂȘtre rejetĂ©, le requĂ©rant faisant valoir que l’échange avec cette derniĂšre a eu lieu par le biais d’une application de communication. Or, s’agissant d’un commencement de preuve, le Conseil ne saurait exiger la preuve du moyen de communication.

63      DĂšs lors, l’argument du Conseil tirĂ© des liens Ă©troits entre l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger et l’Union des cosaques doit, en tout Ă©tat de cause, ĂȘtre rejetĂ©.

64      En second lieu, il convient de constater que le dossier de preuves n’étaye pas non plus le fait selon lequel le requĂ©rant a organisĂ© des rassemblements militaires pour les membres de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne.

65      D’une part, les informations figurant dans l’enquĂȘte d’investigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters selon lesquelles le requĂ©rant a participĂ© Ă  de multiples rassemblements cosaques en Allemagne et qu’il poste des photographies sur les rĂ©seaux sociaux participant Ă  ce type de rassemblements, souvent portant une tenue militaire cosaque, sont de nature Ă  Ă©tablir que celui-ci participe Ă  des rassemblements cosaques, mais ne sont pas susceptibles de dĂ©montrer qu’il les organise et, comme l’a soulignĂ© le Conseil lors de l’audience, qu’il s’agit des rassemblements militaires.

66      Il en va de mĂȘme des extraits des rĂ©seaux sociaux que le Conseil a annexĂ©s Ă  son mĂ©moire en dĂ©fense et Ă  la duplique, censĂ©s corroborer le dossier de preuves, dans lesquels le requĂ©rant apparaĂźt en tenue militaire, arme Ă  la main.

67      D’autre part, c ontrairement Ă  ce que soutient le Conseil, il ressort de l’enquĂȘte d’investigation publiĂ©e sur le site Internet de Reuters que le requĂ©rant a notamment participĂ© Ă  un rassemblement cosaque organisĂ© Ă  Hanovre en 2022, dont les photographies qu’il a partagĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux le montrent devant le drapeau de la « grande armĂ©e du Don », prĂ©sentĂ©e dans la mĂȘme enquĂȘte comme « une organisation cosaque impliquĂ©e dans le recrutement de soldats et participant aux combats » en Ukraine, et Ă  un rassemblement cosaque organisĂ© Ă  Hanovre en 2021, aux cĂŽtĂ©s des reprĂ©sentants de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger. Toutefois, cette enquĂȘte ne prĂ©cise pas qu’il s’agissait de rassemblements militaires organisĂ©s par le requĂ©rant.

68      DĂšs lors, il y a lieu de considĂ©rer que le Conseil n’a pas fait Ă©tat d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant d’établir que le requĂ©rant jouait un rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres.

69      Par ailleurs, il y a lieu de relever que, ainsi que cela est prĂ©cisĂ© au point 31 ci-dessus, dans ses Ă©critures, le Conseil fait valoir avoir Ă©tabli que le requĂ©rant « entret[enait] des liens Ă©troits avec l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger ».

70      Or, le fait d’« entretenir des liens Ă©troits », qui suppose d’avoir et de garder une relation de proximitĂ©, n’a pas la mĂȘme portĂ©e que le fait de « joue[r] un rĂŽle de reprĂ©sentant », expression employĂ©e par le Conseil, dans les motifs retenus contre le requĂ©rant et qui implique que la personne visĂ©e, par son comportement, agit au nom de l’entitĂ© en question.

–       Sur le motif selon lequel, en tant que membre de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, le requĂ©rant a pris part Ă  des actes de violence

71      Ainsi que le fait valoir le requĂ©rant, aucun Ă©lĂ©ment du dossier de preuves n’étaye le fait que, en tant que membre de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, celui-ci a pris part Ă  des actes de violence.

72      Le Conseil ne le conteste d’ailleurs pas dans ses Ă©critures.

73      Si, en rĂ©ponse Ă  une question posĂ©e par le Tribunal lors de l’audience, le Conseil a prĂ©cisĂ©, en substance, que ce motif visait plutĂŽt le soutien du requĂ©rant aux agissements se dĂ©roulant en Ukraine, il suffit de constater qu’il ressort de son libellĂ© que ce que le Conseil reproche au requĂ©rant c’est d’avoir « pris part Ă  des actes de violence ».

74      DĂšs lors, il y a lieu de considĂ©rer que le Conseil n’a pas non plus fait Ă©tat d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant d’établir que, en tant que membre de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, le requĂ©rant avait pris part Ă  des actes de violence.

–       Sur la question de savoir si le requĂ©rant soutient des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays

75      À titre liminaire, il importe d’observer que le dernier paragraphe de l’exposĂ© des motifs , selon lequel le requĂ©rant soutient des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays, est introduit par l’expression « par consĂ©quent », de sorte qu’il doit ĂȘtre lu Ă  la lumiĂšre des autres motifs figurant dans ledit exposĂ© des motifs, tel que repris au point 11 ci-dessus. Le Conseil a d’ailleurs reconnu, lors de l’audience, qu’il s’agissait d’un alinĂ©a de synthĂšse, qui Ă©tablissait le lien entre les faits prĂ©sentĂ©s par l’exposĂ© des motifs et le critĂšre d’inscription.

76      Or, Ă  la lumiĂšre des considĂ©rations qui prĂ©cĂšdent, il y a lieu de constater que le Conseil n’a pas Ă©tabli que le requĂ©rant jouait un rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres, et que, en tant que membre de cette union, il avait pris part Ă  des actes de violence, de sorte qu’il ne saurait ĂȘtre dĂ©duit de ces motifs que le requĂ©rant soutient des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays.

77      S’agissant des autres indices figurant dans le dossier de preuves dont se prĂ©vaut le Conseil, Ă  savoir le fait que le requĂ©rant est une figure clĂ© d’un rĂ©seau ayant des liens Ă©troits avec les forces anti-dĂ©mocratiques en Allemagne, que la manifestation qui a eu lieu Ă  Cologne en 2022, dont il a assurĂ© la sĂ©curitĂ©, avait Ă©tĂ© organisĂ©e avec des personnes ayant des liens Ă©troits avec les agences gouvernementales de la FĂ©dĂ©ration de Russie, qu’il est impliquĂ© dans des cyber‑activitĂ©s, qu’il Ɠuvre sur les rĂ©seaux sociaux afin de convaincre les allemands que l’agression russe contre l’Ukraine est justifiĂ©e et que l’Allemagne doit coopĂ©rer avec la FĂ©dĂ©ration de Russie, qu’il fait partie d’un investissement du Kremlin Ă  long terme dans le dĂ©chirement de la dĂ©mocratie allemande, qu’il figure parmi les personnes qui menacent la sĂ©curitĂ© europĂ©enne, ou encore qu’il a un lien avec des personnes proches du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie, il y a lieu de relever qu’ils ne sont pas de nature Ă  Ă©tayer les motifs selon lesquels le requĂ©rant joue un rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres, et en tant que membre de cette union, il a pris part Ă  des actes de violence. InterrogĂ© sur ce point lors de l’audience, le Conseil a d’ailleurs prĂ©cisĂ© qu’il s’agissait d’élĂ©ments qui dĂ©montraient que le requĂ©rant intervenait dans la logique des unions cosaques. Ainsi, pour les raisons figurant au point 75ci-dessus, Ă  savoir que le dernier paragraphe de l’exposĂ© des motifs ne saurait, en substance, ĂȘtre considĂ©rĂ© comme autonome, ces indices ne sauraient ĂȘtre pris en considĂ©ration.

78      Si, dans ses Ă©critures, le Conseil indique que le requĂ©rant « fait partie de longue date d’un rĂ©seau, Ă©tabli en Allemagne, de soutien aux actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© en Ukraine », il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, la lĂ©galitĂ© du rĂšglement d’exĂ©cution attaquĂ© ne peut ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e que sur le fondement des Ă©lĂ©ments de fait et de droit sur la base desquels il a Ă©tĂ© adoptĂ©. Le Conseil ne saurait dĂšs lors invoquer devant le Tribunal, pour justifier le bien-fondĂ© de l’inscription du nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse, des motifs sur lesquels il ne s’est pas fondĂ© lors de l’adoption dudit rĂšglement d’exĂ©cution, invitant ainsi le Tribunal Ă  procĂ©der Ă  une substitution des motifs sur lesquels cet acte se fonde (voir, en ce sens, arrĂȘt du 12 novembre 2013, North Drilling/Conseil, T‑552/12, non publiĂ©, EU:T:2013:590, point 25).

79      Or, en l’espĂšce, l’appartenance du requĂ©rant Ă  un rĂ©seau, Ă©tabli en Allemagne, de soutien aux actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© en Ukraine, Ă  la supposer Ă©tablie, ne ressort pas de l’exposĂ© des motifs et ne se rattache Ă  aucun des faits allĂ©guĂ©s par celui-ci, de sorte qu’elle ne peut pas ĂȘtre prise en considĂ©ration.

80      DĂšs lors, il y a lieu de considĂ©rer que le Conseil n’a pas fait Ă©tat d’un faisceau d’indices suffisamment concrets, prĂ©cis et concordants permettant d’établir que le requĂ©rant a soutenu des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays.

–       Conclusion

81      À la lumiĂšre de l’ensemble des considĂ©rations qui prĂ©cĂšdent, il y a lieu de considĂ©rer que le Conseil a commis une erreur d’apprĂ©ciation en inscrivant le nom du requĂ©rant sur la liste litigieuse au motif qu’il jouait un rĂŽle de reprĂ©sentant de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger en Allemagne, y compris en organisant des rassemblements militaires pour ses membres, que, en tant que membre de cette union, il a pris part Ă  des actes de violence et que, par consĂ©quent, il a soutenu des actions du gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie qui compromettent la souverainetĂ© et la sĂ©curitĂ© de l’Ukraine en tentant de renverser l’ordre constitutionnel de ce pays.

82      Dans ce contexte, le motif selon lequel l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger est associĂ©e au gouvernement de la FĂ©dĂ©ration de Russie et particip e Ă  la guerre en Ukraine, qui, ainsi qu’il ressort du point 38 ci-dessus, est suffisamment Ă©tayĂ© par le dossier de preuves, ne saurait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme Ă©tant une base suffisante pour soutenir le rĂšglement d’exĂ©cution attaquĂ© en ce qu’il concerne le requĂ©rant (voir, en ce sens, arrĂȘts du 28 novembre 2013, Conseil/Manufacturing Support & Procurement Kala Naft, C‑348/12 P, EU:C:2013:776, point 72, et du 15 novembre 2023, OT/Conseil, T‑193/22, EU:T:2023:716, point 186).

83      DĂšs lors, il y a lieu d’accueillir le premier moyen et d’annuler le rĂšglement d’exĂ©cution attaquĂ© en tant qu’il concerne le requĂ©rant, sans qu’il soit nĂ©cessaire de se prononcer sur les autres arguments invoquĂ©s par le requĂ©rant dans le cadre de ce moyen et sur le second moyen.

 Sur les dépens

84      Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du rĂšglement de procĂ©dure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnĂ©e aux dĂ©pens, s’il est conclu en ce sens.

85      Le Conseil ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions du requérant.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (huitiĂšme chambre)

dĂ©clare et arrĂȘte :

1)      Le rĂšglement d’exĂ©cution (UE) 2025/965 du Conseil, du 20 mai 2025, mettant en Ɠuvre le rĂšglement (UE) 2024/2642 concernant des mesures restrictives eu Ă©gard aux activitĂ©s dĂ©stabilisatrices menĂ©es par la Russie (JO L, 2025/965), est annulĂ© en tant qu’il concerne M. Andrei Kharkovsky.

2)      Le Conseil de l’Union europĂ©enne supportera, outre ses dĂ©pens, ceux exposĂ©s par M. Kharkovsky.

GĂąlea

Costeira

RicziovĂĄ

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 21 octobre 2026.

Signatures


*      Langue de procĂ©dure : l’allemand.

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