Europa-Kommissionen mod Republikken Estland (C-57/25)
Europa-Kommissionen mod Republikken Estland
AI summary
La Cour de justice de l'Union europĂ©enne a rendu un arrĂȘt dans lequel elle a constatĂ© que la RĂ©publique d'Estonie a manquĂ© aux obligations qui lui incombent en vertu de l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union europĂ©enne. L'arrĂȘt concerne la procĂ©dure de demande de visa pour les transits ou les sĂ©jours prĂ©vus sur le territoire des Ătats membres d'une durĂ©e maximale de 90 jours sur toute pĂ©riode de 180 jours.
La Cour a considĂ©rĂ© que la contestation d'une dĂ©cision de refus, d'annulation ou d'abrogation d'un visa devant les autoritĂ©s administratives est une procĂ©dure qui ne peut pas ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un recours effectif, au sens de l'article 47 de la Charte. La Cour a Ă©galement constatĂ© que la modification lĂ©gislative dont se prĂ©vaut la RĂ©publique d'Estonie, mĂȘme Ă supposer qu'elle soit entrĂ©e en vigueur, est postĂ©rieure au terme du dĂ©lai fixĂ© dans l'avis motivĂ© complĂ©mentaire de la Commission, datĂ© du 27 fĂ©vrier 2015.
La Cour a donc constaté que la République d'Estonie a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de l'article 32, paragraphe 3, de l'article 34, paragraphe 7, et de l'article 35, paragraphe 7, du code des visas, lus à la lumiÚre de l'article 47 de la Charte. La République d'Estonie a été condamnée à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission européenne.
ARRĂT DE LA COUR (huitiĂšme chambre)
8Â octobre 2026Â (*)
« Manquement dâĂtat â Espace de libertĂ©, de sĂ©curitĂ© et de justice â Politique commune des visas de court sĂ©jour â RĂšglement (CE) no 810/2009 â Code des visas â Article 32, paragraphe 3 â Article 34, paragraphe 7 â Article 35, paragraphe 7 â Obligation pour les Ătats membres de garantir un recours juridictionnel contre les dĂ©cisions de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun visa de court sĂ©jour â Recours non autorisĂ© par la lĂ©gislation dâun Ătat membre â Article 47 de la charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne â Principe de protection juridictionnelle effective â Violation »
Dans lâaffaire Câ57/25,
ayant pour objet un recours en manquement au titre de lâarticle 258 TFUE, introduit le 29 janvier 2025,
Commission europĂ©enne, reprĂ©sentĂ©e par Mmes F. Blanc et E. Randvere, en qualitĂ© dâagents,
partie requérante,
contre
RĂ©publique dâEstonie, reprĂ©sentĂ©e par Mme M. Kriisa, en qualitĂ© dâagent,
partie défenderesse,
LA COUR (huitiĂšme chambre),
composĂ©e de M. S. Rodin, faisant fonction de prĂ©sident de chambre, M. N. Piçarra (rapporteur) et Mme O. SpineanuâMatei, juges,
avocat général : M. D. Spielmann,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la procédure écrite,
vu la dĂ©cision prise, lâavocat gĂ©nĂ©ral entendu, de juger lâaffaire sans conclusions,
rend le présent
ArrĂȘt
1        Par son recours, la Commission européenne demande à la Cour :
â        de constater que, Ă©tant donnĂ© que le droit estonien ne prĂ©voit pas la possibilitĂ© pour un ressortissant de pays tiers de former un recours contre une dĂ©cision de refus de visa, dâannulation dâun visa ou dâabrogation dâun visa devant une juridiction au sens du droit de lâUnion, la RĂ©publique dâEstonie a manquĂ© aux obligations qui lui incombent en vertu de lâarticle 19, paragraphe 1, TUE, de lâarticle 47 de la charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne (ciâaprĂšs la « Charte ») ainsi que de lâarticle 32, paragraphe 3, de lâarticle 34, paragraphe 7, et de lâarticle 35, paragraphe 7, du rĂšglement (CE) no 810/2009 du Parlement europĂ©en et du Conseil, du 13 juillet 2009, Ă©tablissant un code communautaire des visas (code des visas) (JO 2009, L 243, p. 1), tel que modifiĂ© par le rĂšglement (UE) no 610/2013 du Parlement europĂ©en et du Conseil, du 26 juin 2013 (JO 2013, L 182, p. 1) (ci-aprĂšs le « code des visas ») ;
â        de condamner la RĂ©publique dâEstonie aux dĂ©pens.
 Le cadre juridique
 Le droit de lâUnion
 La Charte
2        Lâarticle 47 de la Charte, intitulĂ© « Droit Ă un recours effectif et Ă accĂ©der Ă un tribunal impartial », prĂ©voit :
« Toute personne dont les droits et libertĂ©s garantis par le droit de lâUnion ont Ă©tĂ© violĂ©s a droit Ă un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prĂ©vues au prĂ©sent article.
Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. [...]
[...] »
3        Lâarticle 51 de la Charte, intitulĂ© « Champ dâapplication », Ă©nonce, Ă son paragraphe 1, premiĂšre phrase :
« Les dispositions de la prĂ©sente Charte sâadressent aux institutions, organes et organismes de lâUnion [europĂ©enne] dans le respect du principe de subsidiaritĂ©, ainsi quâaux Ătats membres uniquement lorsquâils mettent en Ćuvre le droit de lâUnion. »
 Le code des visas
4        Lâarticle 1er du code des visas, intitulĂ© « Objectif et champ dâapplication », dispose, Ă son paragraphe 1 :
« Le prĂ©sent rĂšglement fixe les procĂ©dures et conditions de dĂ©livrance des visas pour les transits ou les sĂ©jours prĂ©vus sur le territoire des Ătats membres dâune durĂ©e maximale de 90 jours sur une pĂ©riode de 180 jours. »
5        Lâarticle 2 de ce code est libellĂ© comme suit :
« Aux fins du présent rÚglement, on entend par :
[...]
2)      âvisaâ : lâautorisation accordĂ©e par un Ătat membre en vue :
a)      du transit ou du sĂ©jour prĂ©vu sur le territoire des Ătats membres, pour une durĂ©e totale nâexcĂ©dant pas 90 jours sur toute pĂ©riode de 180 jours ;
b)      du passage par la zone internationale de transit des aĂ©roports des Ătats membres ;
[...] »
6        Lâarticle 32, paragraphe 3, dudit code dispose :
« Les demandeurs qui ont fait lâobjet dâune dĂ©cision de refus de visa peuvent former un recours contre cette dĂ©cision. Ces recours sont intentĂ©s contre lâĂtat membre qui a pris la dĂ©cision finale sur la demande, conformĂ©ment Ă la lĂ©gislation nationale de cet Ătat membre. Les Ătats membres fournissent aux demandeurs les informations relatives aux voies de recours, comme indiquĂ© Ă lâannexe VI. »
7        Lâarticle 34 du mĂȘme code prĂ©voit, Ă son paragraphe 7 :
« Les titulaires dont le visa a Ă©tĂ© annulĂ© ou abrogĂ© peuvent former un recours contre cette dĂ©cision, Ă moins que le visa nâait Ă©tĂ© abrogĂ© Ă la demande de son titulaire, conformĂ©ment au paragraphe 3. Ces recours sont intentĂ©s contre lâĂtat membre qui a pris la dĂ©cision sur lâannulation ou lâabrogation, conformĂ©ment Ă la lĂ©gislation nationale de cet Ătat membre. Les Ătats membres fournissent aux demandeurs les informations relatives aux voies de recours, comme indiquĂ© Ă lâannexe VI. »
8        Lâarticle 35 du code des visas, intitulĂ© « Visas demandĂ©s aux frontiĂšres extĂ©rieures », Ă©nonce, Ă son paragraphe 7 :
« Les dispositions relatives Ă la motivation et Ă la notification des refus et au droit de recours figurant Ă lâarticle 32, paragraphe 3, et Ă lâannexe VI sont applicables. »
 Le droit estonien
9        Lâarticle 1001 de la VĂ€lismaalaste seadus (loi sur les Ă©trangers), du 9 dĂ©cembre 2009 (RT I, 2010, 3), dans sa version entrĂ©e en vigueur le 17 janvier 2017 (RT I, 2017, 2) (ci-aprĂšs la « loi sur les Ă©trangers »), dispose :
« (1)      Dans la dĂ©cision de refus de visa, dâannulation dâun visa, dâabrogation dâun visa, de refus de prolongation de la durĂ©e de sĂ©jour ou mettant fin au sĂ©jour de maniĂšre anticipĂ©e (ci-aprĂšs dĂ©nommĂ©e la âdĂ©cisionâ dans la prĂ©sente section), lâĂ©tranger est informĂ© de la possibilitĂ© de contester la dĂ©cision ainsi que du lieu, du dĂ©lai et de la procĂ©dure Ă cette fin.
(11)      LâĂ©tranger peut prĂ©senter une demande de rĂ©examen de la dĂ©cision (ci-aprĂšs dĂ©nommĂ©e la âdemandeâ dans la prĂ©sente section) dans un dĂ©lai de 30 jours Ă compter de la date de notification de la dĂ©cision.
[...] »
10      Lâarticle 10010 de cette loi, intitulĂ© « Recours contre la dĂ©cision rendue dans le cadre dâune contestation », prĂ©voit :
« (1)      Dans un dĂ©lai de 30 jours Ă compter de la date de la notification de la dĂ©cision prise Ă la suite de la demande visĂ©e Ă lâarticle 1001 de la prĂ©sente loi, lâĂ©tranger peut introduire une demande de second rĂ©examen (ci-aprĂšs dĂ©nommĂ©e la âdemandeâ dans la prĂ©sente section) de la dĂ©cision rendue dans le cadre de la contestation dâune dĂ©cision de refus de visa, dâannulation dâun visa, dâabrogation dâun visa, de refus de prolongation de la durĂ©e de sĂ©jour ou mettant fin au sĂ©jour de maniĂšre anticipĂ©e.
[...] »
11      Lâarticle 10014 de ladite loi, intitulĂ© « CompĂ©tence et procĂ©dure en matiĂšre dâexamen de la demande », Ă©nonce :
« (1)      Si la dĂ©cision de refus de visa, dâannulation dâun visa ou dâabrogation dâun visa a Ă©tĂ© prise par une reprĂ©sentation de lâEstonie Ă lâĂ©tranger, le [VĂ€lisministeerium (ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, Estonie)] procĂšde au second rĂ©examen de la dĂ©cision.
(2)      Si la dĂ©cision de refus de visa, dâannulation dâun visa, dâabrogation dâun visa, de refus de prolongation de la durĂ©e de sĂ©jour ou mettant fin au sĂ©jour de maniĂšre anticipĂ©e a Ă©tĂ© prise par le [Politsei- ja Piirivalveamet (Office de police et des gardes-frontiĂšres, Estonie)] ou par la [Kaitsepolitseiamet (direction nationale de la police de sĂ©curitĂ©, Estonie)], le [Siseministeerium (ministĂšre de lâIntĂ©rieur, Estonie)] procĂšde au second rĂ©examen de la dĂ©cision.
[...]
(5)      Le second rĂ©examen de la dĂ©cision de refus de visa, dâannulation dâun visa, dâabrogation dâun visa, de refus de prolongation de la durĂ©e de sĂ©jour ou mettant fin au sĂ©jour de maniĂšre anticipĂ©e et, le cas Ă©chĂ©ant, lâadoption dâune nouvelle dĂ©cision ont lieu dans un dĂ©lai de 15 jours Ă compter de la date dâintroduction de la demande. [...] »
12      Aux termes de lâarticle 10018 de la mĂȘme loi, intitulĂ© « Contestation de la dĂ©cision rendue Ă la suite dâune demande » :
« La dĂ©cision rendue Ă la suite dâune demande ne peut faire lâobjet dâune nouvelle demande de rĂ©examen ni dâun recours devant une juridiction administrative. »
 La procédure précontentieuse
13      Le 21 fĂ©vrier 2013, la Commission a adressĂ© Ă la RĂ©publique dâEstonie une lettre de mise en demeure dans laquelle elle indiquait que, en ayant prĂ©vu la possibilitĂ© de former un recours contre les dĂ©cisions de refus de visa, dâannulation dâun visa, dâabrogation dâun visa, de refus de prolongation de la durĂ©e de sĂ©jour ou mettant fin au sĂ©jour de maniĂšre anticipĂ©e uniquement auprĂšs dâautoritĂ©s administratives qui ne sont pas des juridictions, cet Ătat membre avait manquĂ© aux obligations qui lui incombent en vertu de lâarticle 19, paragraphe 1, TUE, de lâarticle 47 de la Charte ainsi que de lâarticle 32, paragraphe 3, de lâarticle 34, paragraphe 7, et de lâarticle 35, paragraphe 7, du code des visas.
14      Le 22 mai 2013, la RĂ©publique dâEstonie a rĂ©pondu Ă cette mise en demeure quâil rĂ©sulte du libellĂ© de lâarticle 32, paragraphe 3, du code des visas que les Ătats membres jouissent dâune autonomie procĂ©durale quant Ă lâorganisation de ce droit de recours.
15      Le 16 octobre 2014, la Commission a adressĂ© Ă la RĂ©publique dâEstonie un avis motivĂ© dans lequel elle indiquait que, Ă©tant donnĂ© que le droit estonien ne garantissait pas aux ressortissants de pays tiers auxquels un visa de court sĂ©jour a Ă©tĂ© refusĂ©, ou dont un tel visa a Ă©tĂ© annulĂ© ou abrogĂ©, le droit de former un recours juridictionnel contre une telle dĂ©cision, cet Ătat membre avait manquĂ© aux obligations qui lui incombent en vertu des dispositions mentionnĂ©s au point 13 du prĂ©sent arrĂȘt.
16      Le 27 fĂ©vrier 2015, la Commission a Ă©mis un avis motivĂ© complĂ©mentaire afin dây inclure une annexe qui, en raison dâune erreur de procĂ©dure, nâavait pas Ă©tĂ© transmise en mĂȘme temps que les autres documents annexĂ©s au premier avis motivĂ©.
17      Le 27 avril 2015, la RĂ©publique dâEstonie a rĂ©pondu Ă ces avis motivĂ©s en faisant valoir que le droit estonien concernant les recours contre les dĂ©cisions en matiĂšre de visas Ă©tait conforme au droit de lâUnion.
18      Le 21 dĂ©cembre 2017, la Commission a interrogĂ© la RĂ©publique dâEstonie au sujet des mesures quâelle envisageait de prendre en application de lâarrĂȘt du 13 dĂ©cembre 2017, El Hassani (Câ403/16, EU:C:2017:960), en vertu duquel lâarticle 32, paragraphe 3, du code des visas, lu Ă la lumiĂšre de lâarticle 47 de la Charte, doit ĂȘtre interprĂ©tĂ© en ce sens quâil impose aux Ătats membres lâobligation de prĂ©voir une procĂ©dure de recours contre les dĂ©cisions de refus de visas, dont les modalitĂ©s relĂšvent de lâordre juridique de chaque Ătat membre dans le respect des principes dâĂ©quivalence et dâeffectivitĂ©, et que cette procĂ©dure doit garantir, Ă un certain stade, un recours juridictionnel.
19      Le 18 janvier 2018, la RĂ©publique dâEstonie a rĂ©pondu que, eu Ă©gard Ă lâinterprĂ©tation du code des visas donnĂ©e par la Cour dans cet arrĂȘt, elle avait lâintention de modifier la loi sur les Ă©trangers afin de permettre aux destinataires notamment dâune dĂ©cision de refus de visa de former un recours juridictionnel contre cette dĂ©cision et que les travaux visant Ă modifier les modalitĂ©s du droit de recours avaient commencĂ© immĂ©diatement aprĂšs le prononcĂ© dudit arrĂȘt.
20      Le 7 mars 2018, la RĂ©publique dâEstonie a communiquĂ© Ă la Commission un calendrier des modifications proposĂ©es, accompagnĂ© dâun avant-projet de loi et de son exposĂ© des motifs.
21      Le 31 juillet 2018, Ă la suite dâune nouvelle lettre de la Commission, datĂ©e du 2 juillet 2018, la RĂ©publique dâEstonie a transmis Ă celle-ci un projet de loi, accompagnĂ© dâun exposĂ© des motifs et dâun calendrier prĂ©voyant lâadoption de la loi en question au mois dâoctobre 2018 afin de « parvenir Ă une situation dans laquelle les dĂ©cisions de refus de visa, dâannulation dâun visa, dâabrogation dâun visa, de refus de prolongation de la durĂ©e de sĂ©jour ou mettant fin au sĂ©jour de maniĂšre anticipĂ©e pourront Ă©galement, Ă lâissue de la procĂ©dure de rĂ©examen interne obligatoire, faire lâobjet dâun recours devant la juridiction administrative ».
22      Le 8 avril 2019, dans une lettre de rappel envoyĂ©e Ă la RĂ©publique dâEstonie, la Commission sâest enquise du stade auquel se trouvait ce projet de loi.
23      Le 29 avril 2019, cet Ătat membre a communiquĂ© un nouveau calendrier pour lâadoption de la loi en question, prĂ©cisant que le retard subi Ă cet Ă©gard Ă©tait dĂ» aux Ă©lections lĂ©gislatives du mois de mars 2019.
24      Entre lâannĂ©e 2019 et lâannĂ©e 2023, un Ă©change de lettres a eu lieu entre la Commission et la RĂ©publique dâEstonie, au cours duquel cette institution a envoyĂ© divers rappels et cet Ătat membre a fait Ă©tat de nouveaux dĂ©lais pour lâadoption de cette loi.
25      Dans une lettre du 9 fĂ©vrier 2023, la RĂ©publique dâEstonie a indiquĂ© que, malgrĂ© le retard pris dans lâadoption de ladite loi, il Ă©tait devenu en pratique possible de former un recours juridictionnel contre les dĂ©cisions administratives de refus, dâannulation et dâabrogation de visa ainsi que de refus de prolongation de la durĂ©e de sĂ©jour ou mettant fin au sĂ©jour de maniĂšre anticipĂ©e.
26      Nâayant reçu aucune information relative Ă lâentrĂ©e en vigueur de la modification lĂ©gislative correspondante, la Commission a dĂ©cidĂ© dâintroduire le prĂ©sent recours.
 Sur le recours
 Argumentation des parties
27      La Commission fait observer dâemblĂ©e que, dans la mesure oĂč le code des visas nâĂ©tablit pas lui-mĂȘme de rĂšgles relatives Ă la procĂ©dure de recours contre les dĂ©cisions de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun visa, au sens de lâarticle 2, point 2, de ce code, ces rĂšgles relĂšvent de lâautonomie procĂ©durale des Ătats membres. Toutefois, lorsque ceux-ci dĂ©cident de dĂ©livrer ou de refuser un visa ou lorsquâils annulent ou abrogent un visa, ils mettent en Ćuvre le droit de lâUnion, au sens de lâarticle 52, paragraphe 1, premiĂšre phrase, de la Charte et sont donc tenus de respecter notamment lâarticle 47 de la Charte qui, tel quâinterprĂ©tĂ© dans lâarrĂȘt du 13 dĂ©cembre 2017, El Hassani (Câ403/16, EU:C:2017:960, point 42 et dispositif), oblige les Ătats membres Ă garantir un recours juridictionnel contre de telles dĂ©cisions.
28      à cet Ă©gard, la Commission rappelle la jurisprudence de la Cour selon laquelle, pour quâune instance puisse ĂȘtre qualifiĂ©e de juridiction, au sens du droit de lâUnion, elle doit satisfaire Ă plusieurs critĂšres, parmi lesquels lâindĂ©pendance et lâimpartialitĂ©. Or, dans le cadre des voies de recours prĂ©vues par le droit estonien contre une dĂ©cision de refus, dâannulation ou dâabrogation de visa, la dĂ©cision adoptĂ©e par lâautoritĂ© administrative compĂ©tente serait examinĂ©e par le ministĂšre dont cette autoritĂ© relĂšve, qui est Ă©galement une autoritĂ© administrative en lien hiĂ©rarchique avec la premiĂšre autoritĂ©. Dans ces conditions, ce ministĂšre ne pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme Ă©tant un tiers par rapport Ă cette derniĂšre. Ces deux autoritĂ©s seraient ainsi parties Ă la procĂ©dure en matiĂšre de visa concernĂ©e.
29      DĂšs lors, la possibilitĂ© de contester une dĂ©cision de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun visa, au sens de lâarticle 2, point 2, du code des visas, devant une autoritĂ© administrative, tel quâun ministĂšre, qui nâest ni indĂ©pendante ni impartiale , ne saurait ĂȘtre qualifiĂ©e de recours effectif, au sens de lâarticle 47 de la Charte, lu en combinaison avec lâarticle 32, paragraphe 3, lâarticle 34, paragraphe 7, et lâarticle 35, paragraphe 7, du code des visas.
30      Par ailleurs, la Commission relĂšve que la RĂ©publique dâEstonie, aprĂšs avoir confirmĂ©, par lettre du 18 janvier 2018, son intention de modifier la loi sur les Ă©trangers, afin de rendre possible un recours juridictionnel contre les dĂ©cisions de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun tel visa, nâa toutefois pas procĂ©dĂ© Ă cette modification, invoquant, Ă titre de justification, des obstacles dâordre interne insusceptibles de justifier un retard dans ladite modification.
31      Sâagissant de la lettre du 9 fĂ©vrier 2023, par laquelle la RĂ©publique dâEstonie a indiquĂ© que, malgrĂ© le retard pris dans lâadoption de la mĂȘme modification, il Ă©tait devenu possible, en pratique, de former un recours juridictionnel contre de telles dĂ©cisions, la Commission fait valoir que lâexistence dâune telle possibilitĂ© uniquement en pratique, et non en droit, ne constitue pas une mise en Ćuvre satisfaisante dâune obligation de droit de lâUnion et porte atteinte Ă la sĂ©curitĂ© juridique des demandeurs de visas de court sĂ©jour.
32      La RĂ©publique dâEstonie reconnaĂźt dâemblĂ©e le manquement qui lui est reprochĂ© et prĂ©cise que le projet de loi portant modification de la loi sur les Ă©trangers, du code de procĂ©dure administrative contentieuse et de la loi sur les droits de timbre a Ă©tĂ© approuvĂ© par le gouvernement le 20 mars 2025 et devrait ĂȘtre adoptĂ© par le Riigikogu (Parlement) au plus tard au mois dâoctobre 2025.
33      Les juridictions estoniennes auraient nĂ©anmoins commencĂ© Ă examiner des recours introduits contre des dĂ©cisions de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun visa Ă la suite dâun arrĂȘt de la Riigikohtu pĂ”hiseaduslikkuse jĂ€relevalve kolleegium (chambre de contrĂŽle de constitutionnalitĂ© de la Cour suprĂȘme, Estonie) du 20 avril 2021, qui aurait jugĂ© inconstitutionnelles et invalides les dispositions de la loi sur les Ă©trangers excluant toute possibilitĂ© de recours devant une juridiction pour contester les dĂ©cisions mettant fin, de maniĂšre anticipĂ©e, au sĂ©jour de ressortissants de pays tiers sur le territoire de la RĂ©publique dâEstonie. Les juridictions estoniennes auraient Ă©tendu les principes Ă©noncĂ©s dans ledit arrĂȘt, relatif Ă une dĂ©cision relevant de cette derniĂšre catĂ©gorie, aux dĂ©cisions de refus, dâannulation et dâabrogation de visas.
34      Dans son mĂ©moire en duplique, la RĂ©publique dâEstonie indique que la lĂ©gislation nationale a Ă©tĂ© mise en conformitĂ© avec le droit de lâUnion par la VĂ€lismaalaste seaduse, halduskohtumenetluse seadustiku ja riigilĂ”ivuseaduse muutmise seadus (viisaotsuse vaidlustamine) (loi portant modification de la loi sur les Ă©trangers, du code de procĂ©dure administrative contentieuse et de la loi sur les droits de timbre), qui aurait Ă©tĂ© adoptĂ©e par le Riigikogu (Parlement) le 18 juin 2025 et dont lâentrĂ©e en vigueur serait prĂ©vue le 18 juillet 2025.
35      Par ailleurs, selon cet Ătat membre, Ă la suite de lâarrĂȘt de la Riigikohtu pĂ”hiseaduslikkuse jĂ€relevalve kolleegium (chambre de contrĂŽle de constitutionnalitĂ© de la Cour suprĂȘme) du 20 avril 2021, vingt-trois dĂ©cisions ont Ă©tĂ© rendues par les juridictions estoniennes concernant des recours formĂ©s contre des dĂ©cisions de refus, dâannulation ou dâabrogation de visas et douze affaires de ce type sont pendantes devant ces juridictions. Dans son arrĂȘt du 1er septembre 2022, la Tallinna Ringkonnakohus (cour dâappel de Tallinn, Estonie), appelĂ©e Ă statuer sur une affaire dans laquelle la partie requĂ©rante demandait, dâune part, lâannulation de la dĂ©cision portant refus de visa ainsi que la dĂ©cision rejetant sa rĂ©clamation et, dâautre part, la condamnation du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres Ă lui dĂ©livrer un visa, aurait Ă©cartĂ© les dispositions de la loi sur les Ă©trangers qui ne permettaient pas aux ressortissants de pays tiers de former un recours devant un tribunal administratif contre de telles dĂ©cisions.
36      La RĂ©publique dâEstonie ajoute Ă cet Ă©gard que, depuis le 21 avril 2021, lâarticle 10010, paragraphe 1, et lâarticle 10018 de la loi sur les Ă©trangers sont assortis dâune mention portĂ©e dans le Riigi Teataja (Journal officiel de la RĂ©publique dâEstonie) indiquant que ces dispositions ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©es inconstitutionnelles et invalides par la Riigikohtu pĂ”hiseaduslikkuse jĂ€relevalve kolleegium (chambre de contrĂŽle de constitutionnalitĂ© de la Cour suprĂȘme), en ce quâelles excluent lâintroduction dâun recours devant une juridiction administrative pour contester les dĂ©cisions mettant fin au sĂ©jour sur le territoire estonien de maniĂšre anticipĂ©e. Cet Ătat membre prĂ©cise en outre que, depuis le 24 janvier 2025, ces dispositions ainsi que lâarticle 1001, paragraphe 11, de cette loi sont Ă©galement assorties dâune mention figurant dans ce journal officiel et indiquant quâelles ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©s inconstitutionnelles et invalides par la Riigikohtu pĂ”hiseaduslikkuse jĂ€relevalve kolleegium (chambre de contrĂŽle de constitutionnalitĂ© de la Cour suprĂȘme), en ce quâelles excluent lâintroduction dâun recours devant une juridiction administrative tendant Ă lâoctroi dâun visa de court sĂ©jour lorsque le requĂ©rant sĂ©journe en Estonie.
37      Dans ces conditions, la RĂ©publique dâEstonie estime quâelle remplit en pratique les obligations qui lui incombent en vertu des dispositions de droit de lâUnion dont la violation lui est reprochĂ©e par la Commission.
 Appréciation de la Cour
38      En vertu de son article 1er, paragraphe 1, le code des visas fixe les procĂ©dures et conditions de dĂ©livrance des visas pour les transits ou les sĂ©jours prĂ©vus sur le territoire des Ătats membres dâune durĂ©e maximale de 90 jours sur toute pĂ©riode de 180 jours (ci-aprĂšs le « visa de court sĂ©jour »). Cette notion est dĂ©finie Ă lâarticle 2, point 2, de ce code comme Ă©tant lâautorisation accordĂ©e par un Ătat membre en vue de tels transits et sĂ©jours ou en vue du passage par la zone internationale de transit des aĂ©roports des Ătats membres.
39      ConformĂ©ment Ă lâarticle 32, paragraphe 3, et Ă lâarticle 34, paragraphe 7, dudit code, les destinataires dâune dĂ©cision de refus de visa de court sĂ©jour, ainsi que les titulaires dâun tel visa, qui a Ă©tĂ© annulĂ© ou abrogĂ©, peuvent former un recours contre une telle dĂ©cision, conformĂ©ment Ă la lĂ©gislation de lâĂtat membre concernĂ©. Il en va de mĂȘme, conformĂ©ment Ă lâarticle 35, paragraphe 7, du mĂȘme code, des destinataires dâune dĂ©cision de refus dâun visa de court sĂ©jour susceptible dâĂȘtre dĂ©livrĂ©, Ă titre exceptionnel, aux points de passage frontaliers dâun Ătat membre.
40      Si le lĂ©gislateur de lâUnion a ainsi laissĂ© aux Ătats membres le soin de dĂ©cider de la nature et des modalitĂ©s concrĂštes des voies de recours dont doivent disposer les destinataires de dĂ©cisions en matiĂšre de visas de court sĂ©jour, au sens de lâarticle 2, point 2, du code des visas, il nâen demeure pas moins que, lorsque les Ătats membres prennent des dĂ©cisions en application de ce code, ils « mettent en Ćuvre le droit de lâUnion », au sens de lâarticle 51, paragraphe 1, premiĂšre phrase, de la Charte, et sont, par consĂ©quent, liĂ©s par les dispositions de celle-ci (voir, en ce sens, arrĂȘt du 13 dĂ©cembre 2017, El Hassani, Câ403/16, EU:C:2017:960, points 25, 33 et 37).
41      En particulier, lâarticle 47 de la Charte prĂ©voit que toute personne dont les droits et libertĂ©s garantis par le droit de lâUnion ont Ă©tĂ© violĂ©s a droit Ă un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prĂ©vues Ă cet article 47, ce qui implique que toute personne a droit Ă ce que sa cause soit entendue par un tribunal indĂ©pendant et impartial, Ă©tabli prĂ©alablement par la loi.
42      La Cour a dĂ©jĂ prĂ©cisĂ© que le premier des deux volets que comporte la notion dâ« indĂ©pendance » est de nature externe et suppose que cette instance soit protĂ©gĂ©e dâinterventions ou de pressions extĂ©rieures susceptibles de mettre en pĂ©ril lâindĂ©pendance de jugement de ses membres quant aux litiges qui leur sont soumis. Le second volet est de nature interne et rejoint la notion dâ« impartialité ». Il vise lâĂ©gale distance par rapport aux parties au litige et Ă leurs intĂ©rĂȘts respectifs au regard de lâobjet de celui-ci. Ceci exige le respect de lâobjectivitĂ© et lâabsence de tout intĂ©rĂȘt dans la solution du litige en dehors de la stricte application de la rĂšgle de droit (arrĂȘt du 19 septembre 2006, Wilson, Câ506/04, EU:C:2006:587, points 51 et 52 ainsi que jurisprudence citĂ©e).
43      Si, conformĂ©ment Ă lâarticle 32, paragraphe 3, Ă lâarticle 34, paragraphe 7, et Ă lâarticle 35, paragraphe 7, du code des visas, les Ătats membres peuvent prĂ©voir dans leur rĂ©glementation le droit de contester les dĂ©cisions en matiĂšre de visas de court sĂ©jour devant des autoritĂ©s autres que judiciaires, ils doivent nĂ©anmoins mettre en Ćuvre une telle facultĂ© dans le respect de lâarticle 47 de la Charte. Celui-ci exige que la dĂ©cision dâune autoritĂ© administrative ne remplissant pas elle-mĂȘme les conditions dâindĂ©pendance et dâimpartialitĂ©, telles que dĂ©finies au point prĂ©cĂ©dent, fasse lâobjet dâun contrĂŽle ultĂ©rieur par une juridiction qui doit, notamment, avoir compĂ©tence pour se pencher sur toutes les questions pertinentes (voir, en ce sens, arrĂȘt du 13 dĂ©cembre 2017, El Hassani, Câ403/16, EU:C:2017:960, point 39).
44      Lâarticle 47 de la Charte impose ainsi aux Ătats membres lâobligation de garantir, Ă un certain stade de la procĂ©dure, la possibilitĂ© de porter devant une juridiction une affaire relative Ă une dĂ©cision dĂ©finitive de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun visa de court sĂ©jour, au sens de lâarticle 2, point 2, du code des visas (voir, en ce sens, arrĂȘt du 13 dĂ©cembre 2017, El Hassani, Câ403/16, EU:C:2017:960, points 40 et 41).
45      Il sâensuit quâune rĂ©glementation nationale en vertu de laquelle le destinataire dâune telle dĂ©cision ne peut pas contester la lĂ©galitĂ© de celleâci devant une juridiction ne respecte pas les exigences de lâarticle 47 de la Charte.
46      En lâespĂšce, il rĂ©sulte de lâarticle 1001, paragraphe 1, de la loi sur les Ă©trangers que tout destinataire dâune dĂ©cision de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun visa peut prĂ©senter une demande de rĂ©examen dâune telle dĂ©cision Ă lâauteur de celle-ci. En vertu de lâarticle 10010 de cette loi, ce destinataire peut introduire une demande de second rĂ©examen de la dĂ©cision rendue Ă lâissue de ce rĂ©examen qui doit ĂȘtre prĂ©sentĂ©e, conformĂ©ment Ă lâarticle 10014 de ladite loi, soit auprĂšs du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres lorsque cette dĂ©cision Ă©mane dâune reprĂ©sentation de lâEstonie Ă lâĂ©tranger, soit auprĂšs du ministĂšre de lâIntĂ©rieur lorsquâelle a Ă©tĂ© prise par lâOffice de police et des gardesâfrontiĂšres ou par la direction nationale de la police de sĂ©curitĂ©. En outre, conformĂ©ment Ă lâarticle 10018 de la mĂȘme loi, la dĂ©cision adoptĂ©e Ă la suite dâune telle demande ne peut faire lâobjet ni dâune nouvelle demande de rĂ©examen ni dâun recours devant une juridiction administrative.
47      Or, aucune des autoritĂ©s chargĂ©es dâexaminer de telles demandes, Ă savoir le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres ou le ministĂšre de lâIntĂ©rieur, ne dispose de la qualitĂ© de tiers par rapport Ă lâautoritĂ© ayant adoptĂ© la dĂ©cision frappĂ©e dâune demande de second rĂ©examen, laquelle relĂšve de la mĂȘme structure administrative que le ministĂšre auquel elle est hiĂ©rarchiquement subordonnĂ©e. De plus, chacune dâelles est partie Ă la procĂ©dure commencĂ©e devant lâautoritĂ© qui lui est subordonnĂ©e et a un intĂ©rĂȘt dans la solution du litige en dehors de la stricte application de la rĂšgle de droit.
48      Il sâensuit que la contestation dâune dĂ©cision de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun visa devant ces autoritĂ©s administratives, qui ne sont donc ni indĂ©pendantes ni impartiales, ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme Ă©tant un recours effectif, au sens de lâarticle 47 de la Charte.
49      Dans ces conditions, il y a lieu de constater que lâarticle 10018 de la loi sur les Ă©trangers, en vertu duquel la dĂ©cision adoptĂ©e Ă la suite dâune demande introduite sur le fondement des articles 10010 et 10014 de cette loi ne peut faire lâobjet dâun recours devant une juridiction administrative, enfreint lâarticle 47 de la Charte.
50      La RĂ©publique dâEstonie fait toutefois valoir, dâune part, que la loi sur les Ă©trangers a Ă©tĂ© mise en conformitĂ© avec le droit de lâUnion par la loi portant modification de la loi sur les Ă©trangers, du code de procĂ©dure administrative contentieuse et de la loi sur les droits de timbre, qui a Ă©tĂ© adoptĂ©e le 18 juin 2025 par le Riigikogu (Parlement) et devait entrer en vigueur le 18 juillet 2025.
51      ConformĂ©ment Ă une jurisprudence constante, lâexistence dâun manquement doit ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e en fonction de la situation de lâĂtat membre telle quâelle se prĂ©sentait au terme du dĂ©lai fixĂ© dans lâavis motivĂ©, de sorte que les changements intervenus par la suite ne sauraient ĂȘtre pris en compte par la Cour  [arrĂȘt du 5 juin 2025, Commission/GrĂšce (Actualisation des plans de gestion de district hydrographique et des risques dâinondation), Câ359/24, EU:C:2025:403, point 23 et jurisprudence citĂ©e].
52      En lâespĂšce, il est constant que la modification lĂ©gislative dont se prĂ©vaut la RĂ©publique dâEstonie, mĂȘme Ă supposer quâelle soit entrĂ©e en vigueur, est postĂ©rieure, de plus de dix ans, au terme du dĂ©lai fixĂ© dans lâavis motivĂ© complĂ©mentaire  de la Commission, datĂ© du 27 fĂ©vrier 2015. Par consĂ©quent, ainsi quâil ressort du point prĂ©cĂ©dent, cette modification lĂ©gislative ne saurait ĂȘtre prise en compte par la Cour dans le cadre du prĂ©sent recours en manquement.
53      Dâautre part, la RĂ©publique dâEstonie, tout en reconnaissant quâelle ne satisfait pas intĂ©gralement aux obligations qui lui incombent en vertu de lâarticle 47 de la Charte ainsi que de lâarticle 32, paragraphe 3, de lâarticle 34, paragraphe 7, et de lâarticle 35, paragraphe 7, du code des visas fait valoir que, dans la pratique, elle remplit ces obligations.
54      En effet, selon cet Ătat membre, les juridictions estoniennes ont Ă©tendu aux dĂ©cisions de refus, dâannulation et dâabrogation de visas de court sĂ©jour les principes dĂ©gagĂ©s dans lâarrĂȘt de la Riigikohtu pĂ”hiseaduslikkuse jĂ€relevalve kolleegium (chambre de contrĂŽle de constitutionnalitĂ© de la Cour suprĂȘme) du 20 avril 2021, mentionnĂ© au point 33 du prĂ©sent projet. Par ailleurs, au lendemain du prononcĂ© de cet arrĂȘt, les dispositions de la loi sur les Ă©trangers mentionnĂ©es au point 36 du prĂ©sent arrĂȘt auraient Ă©tĂ© assorties dâune mention portĂ©e au Riigi Teataja (Journal officiel de la RĂ©publique dâEstonie) indiquant quâelles avaient Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©es inconstitutionnelles et invalides par ledit arrĂȘt, en ce quâelles nâadmettaient pas de recours devant une juridiction administrative pour contester les dĂ©cisions qui y sont visĂ©es.
55      Or, les mesures indiquĂ©es par la RĂ©publique dâEstonie, outre quâelles sont toutes postĂ©rieures au terme du dĂ©lai fixĂ© dans lâavis motivĂ© complĂ©mentaire de la Commission, datĂ© du 27 fĂ©vrier 2015, ne sont pas de nature, en tout Ă©tat de cause, Ă faire disparaĂźtre le manquement qui lui est reprochĂ©. En effet, selon une jurisprudence constante, le maintien inchangĂ©, dans la lĂ©gislation dâun Ătat membre, dâun texte incompatible avec une disposition du droit de lâUnion, mĂȘme directement applicable dans lâordre juridique des Ătats membres, donne lieu Ă une situation de fait ambiguĂ«, en maintenant les sujets de droit concernĂ©s dans un Ă©tat dâincertitude quant aux possibilitĂ©s qui leur sont rĂ©servĂ©es de faire appel au droit de lâUnion (arrĂȘt du 7 juillet 2005, Commission/Italie, Câ214/04, EU:C:2005:440, point 13 et jurisprudence citĂ©e).
56      Eu Ă©gard Ă lâensemble des motifs qui prĂ©cĂšdent, il y a lieu de constater que, en prĂ©voyant quâune dĂ©cision de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun visa de court sĂ©jour, au sens de lâarticle 2, point 2, du code des visas, ainsi quâune dĂ©cision adoptĂ©e Ă lâĂ©gard dâune telle dĂ©cision, dans le cadre dâun recours administratif, ne peuvent pas faire lâobjet dâun recours devant une juridiction, au sens du droit de lâUnion, la RĂ©publique dâEstonie a manquĂ© aux obligations qui lui incombent en vertu de de lâarticle 32, paragraphe 3, de lâarticle 34, paragraphe 7, et de lâarticle 35, paragraphe 7, de ce code, lus Ă la lumiĂšre de lâarticle 47 de la Charte.
 Sur les dépens
57      En vertu de lâarticle 138, paragraphe 1, du rĂšglement de procĂ©dure de la Cour, toute partie qui succombe est condamnĂ©e aux dĂ©pens, sâil est conclu en ce sens. La Commission ayant conclu Ă la condamnation de la RĂ©publique dâEstonie et cette derniĂšre ayant succombĂ© en ses moyens, il y a lieu de la condamner Ă supporter, outre ses propres dĂ©pens, ceux exposĂ©s par la Commission.
Par ces motifs, la Cour (huitiĂšme chambre) dĂ©clare et arrĂȘte :
1)      En prĂ©voyant quâune dĂ©cision de refus, dâannulation ou dâabrogation dâun visa pour les transits ou les sĂ©jours prĂ©vus sur le territoire des Ătats membres dâune durĂ©e maximale de 90 jours sur toute pĂ©riode de 180 jours, au sens de lâarticle 2, point 2, du rĂšglement (CE) no 810/2009 du Parlement europĂ©en et du Conseil, du 13 juillet 2009, Ă©tablissant un code communautaire des visas, (code des visas), tel que modifiĂ© par le rĂšglement (CE) no 610/2013 du Parlement europĂ©en et du Conseil, du 26 juin 2013, ainsi quâune dĂ©cision adoptĂ©e Ă lâĂ©gard dâune telle dĂ©cision, dans le cadre dâun recours administratif, ne peuvent pas faire lâobjet dâun recours devant une juridiction, au sens du droit de lâUnion, la RĂ©publique dâEstonie a manquĂ© aux obligations qui lui incombent en vertu de lâarticle 32, paragraphe 3, de lâarticle 34, paragraphe 7, et de lâarticle 35, paragraphe 7, du rĂšglement no 810/2009, tel que modifiĂ© par le rĂšglement no 610/2013, lus Ă la lumiĂšre de lâarticle 47 de la charte des droits fondamentaux de lâUnion europĂ©enne.
2)      La RĂ©publique dâEstonie est condamnĂ©e Ă supporter, outre ses propres dĂ©pens, ceux exposĂ©s par la Commission europĂ©enne.
Signatures
*      Langue de procĂ©dure : lâestonien.
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